Saturday, April 17, 2010

PINK FLAMINGOS (1973) - LE CULTE DE JOHN WATERS



"To me, bad taste is what entertainment is all about. If someone vomits watching one of my films, it's like getting a standing ovation."
John Waters


Après avoir parlé de FASTER PUSSYCAT KILL KILL dans le dernier article en mentionnant la fascination que voue le cinéaste John Waters pour ce film, il était logique de poursuivre dans la même veine "trash" en parlant de l'oeuvre de Waters lui-même.

Admirateur de Russ Meyer et de Herschell Gordon Lewis (réalisateur du cultissime film gore BLOOD FEAST), Waters commença dès son adolescence à imiter ses réalisateurs fétiches en réalisant des productions amateurs 8mm et 16mm tournées à Baltimore, sa ville natale. En 1968, lors du tournage de EAT YOUR MAKE-UP, il offre un rôle à un travesti obèse de Baltimore se faisant appeler Divine. C'est le début d'une longue et fructueuse association qui nous donnera ces grands classiques du cinéma underground que sont MULTIPLE MANIACS (1970), FEMALE TROUBLE (1974), DESPERATE LIVING (1977) et surtout PINK FLAMINGOS (1973), son chef-d'oeuvre culte tourné avec un budget de 12 000 $ et ayant depuis rapporté des millions (a l'image du NIGHT OF THE LIVING DEAD de George Romero).

PINK FLAMINGOS : Divine la travesti vit dans une caravane minable avec sa mère Edie, une vieille folle obsédée par les oeufs, et son fils Crackers. Divine est reconnue comme étant « la personne la plus dégueulasse au monde", ce qui rend fous de jalousie le couple Raymond (David Lochary) et Connie Marble (Mink Stole), qui croient mériter ce titre puisqu'ils sont pornographes, vendent de l'héroine dans des écoles élémentaires et kidnappent des jeunes filles pour les offrir à leur serviteur, qui s'empressent de les mettre enceintes. Tout le long du film, Divine et le couple Marbles se surpassent en actes abominables afin de remporter le titre convoité de "personne la plus degueulasse ». Dans une finale inoubliable, Divine conserve son titre en mangeant devant la caméra des excrements de chien !

Difficile d'expliquer le succès phénoménal de PINK FLAMINGOS quand on regarde le film aujourd'hui : mal foutu, mal joué et pas particulièrement drôle, le film a bien mal vieilli ... Russ Meyer, idole de Waters, faisait peut-être du cinéma trash, mais du moins avait-il le merite de nous présenter des actrices fort agréables à regarder ! Waters, lui, nous présente "the filthiest people alive » (les gens les plus dégueulasses au monde), et le public de l'époque a quand même suivi. Peut-être Waters a-t-il bénéficié de l'effet de nouveauté, étant certainement le premier cinéaste américain à aller aussi loin dans la présentation à l'écran de comportements abominables et d'images répugnantes.

Et puis il faut se remettre dans le contexte de l'époque : PINK FLAMINGOS est sorti en salle dans les années 70s, époque psychédélique ouverte à tous les excès. Le film a tenu l'affiche au Elgin Theater de Chelsea à New York pendant 48 semaines ! Il faut dire que le propriétaire de l'Elgin, Ben Barenholtz, a eu l'idée géniale d'inclure le film à son programme de films de minuit (suite au succès qu'avait eu le film EL TOPO présenté à la même heure pendant des mois), s'assurant ainsi la présence de la clientèle visée par le film. Le succès fut tel que Barenholtz répéta l'experience des projections de minuit avec des films comme ERASERHEAD et, bien sûr, THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW, lançant ainsi le phénomène des films de minuit (MIDNIGHT MOVIES).

Une chose est sure : en notre époque de political correctness, le cinéma de Waters serait impossible a promouvoir. Jugez-en vous-même en visionnant les quelques extraits qui suivent :

Divine remporte le titre de personne la plus dégueulasse au monde :




Divine déambule dans les rues de Baltimore au son de la chanson THE GIRL CAN'T HELP IT :



Entrevue hilarante avec John Waters au LATE SHOW de David Letterman en 1986. Signe d'une autre époque : à 6:00 Waters montre à Letterman une chaise électrique miniature sur laquelle il suggère de placer les poupées Barbie et Ken lorsqu'elles ne sont pas gentilles !! Il en rajoute en faisant allusion aux Rosenberg (!), couple de juifs américains reconnus coupables d'espionnage dans les années 50 et condamnés à la chaise électrique. Ce genre d'humour ne passerait certainement plus à la télé aujourd'hui ...



Waters est un des rares réalisateurs underground a avoir fait le saut avec succès dans le cinéma commercial, réalisant des films bien reçus comme HAIRSPRAY (1988), CRY-BABY (1990 - avec Johnny Depp), SERIAL MOM (1994 - avec Kathleen Turner) et CECIL B. DEMENTED (2000 - avec Melanie Griffith). Il s'y moque allegrement de la classe moyenne américaine.

Détail amusant : Tarantino a probablement déjà visionné CECIL B. DEMENTED qui, neuf ans avant INGLORIOUS BASTERDS, comporte une scène où des cinéphiles terroristes organisent une attaque dans une salle de cinéma !

Citation favorite (Divine dans PINK FLAMINGOS) : "Connie Marble, you stand convicted of assholism !"

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