Monday, January 3, 2011

BLOOD FEAST (1963) - LE CULTE D'HERSCHELL GORDON LEWIS




" I see filmmaking as a business and pity anyone who regards it as an art form." (Pour moi, le cinéma est une façon de faire de l'argent et j'ai pitié de ceux qui s'imaginent que c'est une forme d'art)
Hershell Gordon Lewis

Vous êtes fan de cinéma Gore ? Vous adorez les scènes d'horreur où de pauvres gens sont mutilés et dépecés sous vos yeux pendant de longues minutes (à la LAST HOUSE ON THE LEFT, SAW, FRIDAY THE 13TH, etc) ? Si c'est le cas, vous devez sans doute déjà connaître les films d'Hershell Gordon Lewis, le Godfather of Gore. Si non, cela manque à votre culture ! Courez vite louer (si vous pouvez les trouver) ces classiques du cinéma gore que sont 2000 MANIACS (1964) et BLOOD FEAST (1963).

BLOOD FEAST (1963) : En banlieue de Miami, un traiteur égyptien, affublé du nom très évocateur de Fuad Ramses, tue à la machette plusieurs de ses clientes et les coupe en morceaux. Il se sert ensuite de leurs membres lors de sacrifices sanglants exécutés devant une reproduction de la déesse "égyptienne" Ishtar (qui était en fait Babylonienne, mais bon ... qui se soucie de ce genre de détails ?) Le mec n'étant pas très discret, il éveille éventuellement les soupçons d'un détective qui met pas mal de temps à relier entre eux des indices pourtant bien évidents. L'ordure (on parle du traiteur ici) finira sa triste carrière de façon appropriée : dans un camion à déchets !

2000 MANIACS (1964) : Habile scénario ici avec revirement final digne d'un épisode de TWILIGHT ZONE. Dans un village du Sud des États-Unis, six touristes sont pris en otages et torturés de diverses façons fort ingénieuses dans le cadre des célébrations d'un évènement centenaire dont la nature ne nous sera révélée qu'à la fin du film.

Idole de John Waters, le réalisateur et scénariste Hershell Gordon Lewis était avant toute chose un homme d'affaires qui voyait dans le cinéma une façon amusante de faire de l'argent. Il commença d'ailleurs sa carrière de la même façon que Russ Meyer, c'est-à-dire en tournant des "nudies" (courts métrages pour adultes) dont les plus populaires furent ceux de la série Lucky Pierre. Quand la vogue des films de nudistes se mit à diminuer, il eut la bonne idée d'exploiter un autre genre que personne n'avait encore osé aborder : le cinéma Gore ! Comme il le dit lui-même dans le fascinant commentaire audio qui acompagne le DVD de BLOOD FEAST : " La censure de l'époque s'appliquait à la nudité et aux obscénités de langage, mais rien n'était mentionné au sujet du Gore, alors pourquoi ne pas l'exploiter ?! » Lewis et son fidèle producteur David Friedman réalisèrent donc BLOOD FEAST. Seul hic : contrairement à Russ Meyer, qui était un talentueux caméraman et monteur sachant comment donner du style et du rythme à ses films, Lewis était à cette époque un amateur n'ayant de toute évidence aucune notion de mise en scène ! BLOOD FEAST est donc une suite de séquences plus mal foutues les unes que les autres. Certes, les scènes de gore sont plutôt réussies, mais tout le reste du film est aussi pénible (et à la fois hilarant) à regarder qu'un film de Ed Wood ! On s'esclaffera entre autres devant le jeu des acteurs qui, plus souvent qu'autrement, lisent de façon trop évidente leurs répliques sur des "cue cards", ou en écoutant l'horrible trame sonore du film (orgue électrique joué par Lewis lui-même !), etc. Mais à quoi bon décrire tout cela, quand Youtube nous permet de le VOIR !

Séquence d'ouverture de BLOOD FEAST : Remarquez entre autres la durée du plan montrant le transistor ! A 4:50, on remarquera que l'acteur jouant le detective assis derrière le bureau lit carrément des répliques qu'il a écrites dans la paume de sa main ;) Comme le raconte Lewis sur le commentaire audio : "L'acteur qui devait jouer ce rôle ne s'est pas pointé, alors nous avons demandé à un membre de l'équipe de le remplacer. Comme il n'était pas acteur, nous lui avons dit qu'il n'avait qu'à CRIER ses répliques pour avoir l'air plus convaincant !"



La fameuse scène d'arrachage de langue de BLOOD FEAST. Comme l'a confié à Lewis un propriétaire de salle de cinéma du gettho noir de Englewood à Chicago : "Nous commençons la projection et comme d'habitude les jeunes s'amusent à briser les sièges et à balancer des projectiles sur l'écran. Puis arrive la scène d'arrachage de langue, et c'est le silence total : on ne voit plus dans la salle qu'une multitude de yeux blancs exhorbités !! "



Il y a étonnamment peu d'extraits de BLOOD FEAST sur Youtube, mais en voici un assez particulier (ci-dessous): une critique du film en hollandais qui s'attarde sur certains des aspects les plus loufoques du film (y compris ma scène favorite, à 3:25 : celle où le copain d'une des victimes, en état de choc, explique aux policiers l'horreur dont il a été témoin. Si certains des acteurs du film n'en font pas assez, on ne peut pas dire que ce soit le cas de ce mec dont la performance hystérique est un véritable morceau d'anthologie ! )



Lewis semble avoir appris de ses erreurs, car le film qu'il tourna ensuite, 2000 MANIACS, est beaucoup mieux fignolé sur le plan technique. L'acteur principal du film, Jeffrey Allen, offre entre autres une performance tout à fait correcte dans le rôle du maire de la ville. Contrairement à BLOOD FEAST, Lewis réussit ici à créer un réel suspense et on n'est pas près d'oublier ces images d'une foule de red necks riant à gorge déployée tandis qu'ils font subir les pires outrages à leurs innocentes victimes : descente en baril clouté, écartèlement à l'aide de chevaux, mutilation à coups de hache, etc. que l'on peut voir dans l'extrait ci-dessous, au son de l'excellente chanson thème du film, composée ET INTERPRÉTÉE par Lewis lui-même !! (pour sauver de l'argent, comme il le dit toujours ;)



Contre toute attente, les films de Lewis connurent un ÉNORME succès commercial et rapportèrent tellement d'argent que Lewis put en réaliser plusieurs autres, les meilleurs étant COLOUR ME BLOOD RED (1965) et THE GORE GORE GIRLS (1972).

Le cinéma de Lewis fait lui-même l'objet d'un culte (qui s'explique en partie du fait que ces films ont longtemps été impossibles à trouver. Un excellent coffret de ses trois premiers films vient enfin de sortir ici ) Chaque film est accompagné de commentaires audio fascinants et très instructifs de Lewis et son ex-collègue David Friedman.

Le cinéaste d'Ottawa Lee Demarbre, grand fan de Lewis et lui-même réalisateur de films gore (JESUS CHRIST VAMPIRE HUNTER (2001)) a rendu un vibrant hommage à Hershell Gordon Lewis en 2009 en réalisant SMASH CUT, dont l'intrigue est fortement inspirée du film GORE GORE GIRLS de Lewis. Demarbre nous fait le cadeau d'un casting de rêve qui comprend l'actrice porno Sasha Grey (qui jouait dans le GIRLFRIEND EXPERIENCE de Steven Soderbergh), David Hess (qui jouait l'un des tueurs dans la version 1973 de LAST HOUSE ON THE LEFT), Ray Sager (qui jouait le rôle titre dans le film WIZARD OF GORE de HG Lewis (1970) et une apparition caméo de Lewis lui-même (!!) dans le rôle d'un producteur de télévision (à 0:55, dans la bande-annonce de SMASH CUT, ci-dessous) !!



Toujours très actif à l'âge de 81 ans, Herschell Gordon Lewis, homme érudit qui détient une maîtrise en journalisme et qui a déjà été professeur de littérature avant de se lancer dans le cinéma d'exploitation et, par la suite, en marketing, est aujourd'hui un conférencier très en demande et l'idole de toute une nouvelle génération de cinéphiles qui découvrent ses "chefs-d'oeuvres" du cinéma gore qui avaient bien failli sombrer dans l'oubli ...

Lewis chante ici la chanson thème de 2000 MANIACS dans cette version interprétée par le groupe AMAZING PINK HOLES de Cleveland :



Entrevue avec Herschell Gordon Lewis :

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