Wednesday, February 9, 2011

DETOUR (1945)


" J'ai dû me battre contre l'animal le plus dangereux au monde : une femme ... » Haskell


Un pianiste perdant et pessimiste aux tendances masochistes rencontre une femme fatale manipulatrice et sadique : Combinaison gagnante pour un autre film noir ayant atteint le statut de film culte : DETOUR de Edgar G. Ulmer.

Synopsis : Al Roberts est un pianiste talentueux mais sans grande ambition. Sa fiancée est une chanteuse qui décide d'aller tenter sa chance en Californie. Il la laisse partir puis décide d'aller la rejoindre en se tapant New York - Los Angeles sur le pouce. Il tombe éventuellement sur un bon samaritain nommé Haskell qui le fait monter dans sa voiture pour la dernière partie de son voyage. Ce dernier porte des marques d'égratignures sur sa main . "Ça, dit-il en riant, c'est un souvenir que m'a laissé la dernière auto-stoppeuse que j'ai embarquée !". Soudain, Haskell a un malaise et meurt subitement. Al a alors la mauvaise idée de prendre son identité, de voler sa voiture et, surtout, de faire monter à bord de celle-ci une jeune auto-stoppeuse. Devinez qui ?


Historique : L'univers du Film noir est constamment peuplé de couples mal assortis et immoraux que le destin réunit afin d'accomplir quelque sale besogne vouée à l'échec (On pense a Fred McMurray et Barbara Stanwyck dans DOUBLE INDEMNITY, ou John Dall et Peggy Cummins dans GUN CRAZY) mais on a rarement vu une relation aussi tordue que celle qui s'établit entre les deux protagonistes de DETOUR. Les couples des films susmentionnés ont au moins le mérite d'être mus par une forte attirance sexuelle (tout comme William Hurt et Kathleen Turner dans BODY HEAT), mais dans DETOUR, Al (Tom Neal) et Vera (Ann Savage) se DÉTESTENT dès les premières secondes de leur rencontre ! Ils n'ont AUCUNE chimie (Al refusera même les avances peu subtiles d'une Vera en état d'ébriété). Vera ne voit en Al qu'un paumé pas trop brillant dont elle espère profiter le plus longtemps possible en le faisant chanter, et Al est un faible qui conclut trop rapidement qu'il ne peut rien faire pour se sortir de ce mauvais pas . A l'entendre parler (c'est lui qui narre le film en Flashback), tout ce qui lui arrive est un mauvais coup du destin « qui, à n'importe quel moment, peut vous donner une jambette". Ce personnage pathétique se cache derrière sa philosophie fataliste et pessimiste pour ne pas assumer la responsabilité de la situation dans laquelle il s'est lui-même placé (Quelle idée il a de faire monter une auto-stoppeuse dans une voiture qu'il vient de voler ! Surtout APRES avoir vu les égratignures de Haskell ! ). Bref, il semble presque faire exprès (en bon masochiste auto-destructeur) pour se mettre dans le pétrin, qui arrive dans sa vie sous la forme de Vera, une des femmes fatales les plus sournoises et manipulatrices du film noir américain, superbement interprétée par Ann Savage (décédée l'an dernier, après avoir joué dans MY WINNIPEG du canadien Guy Maddin à l'âge de 86 ans). Quel excellent casting pour ce rôle de harpie !

Même le visage de Savage, lorsque vu de profil, rappelle celui d'un vautour, comme vous le pouvez le voir dans l'extrait ci-dessous (à 33:47 ). Cet extrait Youtube comprend le film AU COMPLET, offert dans une copie d'une stupéfiante clarté :



En fait, dans l'échange à 38:34), les couettes de cheveux de Savage lui donnent presque une allure démoniaque. Et cette façon qu'elle a de dévisager Al et de lui dire : "Shut up !" Le pauvre mec n'a aucune chance ...

Après avoir réalisé un seul film pour un grand studio (l'excellent THE BLACK CAT (1934), Edgar Ulmer choisit par la suite de travailler au sein de studios plus pauvres MAIS lui offrant une totale liberté créatrice. Dans le cas de DETOUR, on ne peut qu'admirer ce qu'il a pu accomplir avec un budget dérisoire et quelques malheureux décors. Comme quoi il suffit souvent d'une bonne histoire bien réalisée et de bons acteurs ...

(Côté réalisation, admirez le plan ci-dessous, débutant vers 3:40 : le travelling avant pour isoler l'acteur, l'eclairage qui change soudainement, le panoramique vers cette tasse de café soudainement devenue GIGANTESQUE (a 4:16) ! Belle façon de jouer avec la perspective ...)



Certains fans de DETOUR sont d'avis que tout le film n'est que le fruit de l'imagination délirante d'un homme coupable de meurtre (thèse valable, puisque l'on n'a droit qu'à SA version des faits). Est-il en train de nous mentir (ou de se mentir à lui-même) pour soulager sa conscience ? Serait-il en fait responsable de la mort de Haskell ? Visionnez le film (disponible au complet sur Youtube) et jugez-en vous-même ...

Anecdote : La vie privée de l'acteur Tom Neal fut encore plus mouvementée que celle de son personnage dans DETOUR. Ex champion de boxe et coureur de jupons, Neal cassa la gueule de l'acteur Franchot Tone et l'envoya a l'hôpital parce que ce dernier s'intéressait à sa copine (la starlet Barbara Payton). Des années plus tard, Neal fut trouvé coupable du meurtre de sa troisième épouse qu'il avait "accidentellement" tuée d'une balle dans la tête. Huit mois après sa sortie de prison, il mourut d'une crise cardiaque.

0 comments:

Post a Comment