Le cinéma belge nous a offert son lot de films cultes au fil des années : BRUSSELS BY NIGHT (1983), TOTO LE HÉROS (1991) et plus récemment le méconnu (au Québec) DIKKENEK (2006) d’Olivier Van Hoofstadt, mais aucun ne m’a autant renversé que l’inoubliable C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS (1992) (en anglais MAN BITES DOG) de Rémy Belvaux et André Bonzel.
Synopsis : Une équipe de tournage (Belvaux et Bonzel) suit un tueur en série (inoubliable Benoit Poelvoorde) et l’écoute déblatérer sur sa technique, puis sur l’art, l’amour, les problèmes sociaux, etc.
C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS est le genre de film qui repose entièrement sur la performance de l’acteur principal, qui est de tous les plans. Belvaux et Bonzel peuvent donc s’estimer chanceux d’avoir pu compter sur le talent de leur pote Benoit Poelvoorde dont ce fut le premier film et qui, à l’époque, se destinait plutôt à une carrière de graphiste/dessinateur. Le film n’étant à l’origine qu’un court projet de fin d’année pour Belvaux et Bonzel (qui étudiaient alors à l’INSAS – L’Institut national supérieur des arts du spectacle en Belgique), Poelvoorde accepta d’aider ses amis en y jouant le rôle principal. Le résultat fut tellement bon qu’ils décidèrent de tourner des scènes additionnelles afin d’en faire un long métrage qui sera finalement présenté à la semaine de la critique au Festival de Cannes en 1992. Ce fut un succès inespéré, qui lança la carrière d’acteur de Poelvoorde (ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES, COCO AVANT CHANEL ) mais, étrangement, pas celle des réalisateurs (Belvaux se cantonnera dans la pub, puis mourra en 2006; Bonzel deviendra caméraman/photographe).
On devine en regardant le film que la version courte ne comportait probablement que les séquences de meurtre et qu’on y a rajouté toutes les séquences où Benoit présente à l’équipe de tournage les membres de sa famille (joués par les vrais membres de la famille de Poelvoorde, dont sa mère qui n’avait aucune idée que son fils interprétait le rôle d’un tueur en série !!). Bien qu’elles permettent d’approfondir un peu le personnage principal, ces scènes détonnent avec le reste du film (quoique qu’elles augmentent l’effet de choc, puisque les réalisateurs nous font souvent le coup d’un smash cut qui nous fait abruptement passer d’une scène hilarante à une scène horrifiante ! Le spectateur n’a donc aucun répit et s’attend toujours au pire. Très efficace !). Parlant d’horreur, on n’oubliera pas de sitôt les scènes où Benoit tue devant nous une pauvre vieille en lui criant dans les oreilles afin de provoquer chez-elle une crise du cœur (« J’ai vu sur la table ses comprimés pour les gens qui souffrent du coeur, alors je lui ai foutu une trouille bleue, ce qui m'évite de gaspiller une balle ! »), ou celle où, AVEC LA COMPLICITÉ DE L’ÉQUIPE DE TOURNAGE, il tue un couple et leur enfant ! (Belle métaphore ici sur la responsabilité des médias). L’humour dont fait preuve Benoit durant ces séquences pénibles (“Hé, ça te rappelle pas Philippe Noiret dans LE VIEUX FUSIL ?” lance-t-il au caméraman en frappant la tête du père sur un lavabo) est probablement la seule chose qui les rende supportables.
L'art de sauver une balle ...
Sorti en 1992, C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS faisait partie de quelques films ultra-violents sortis à cette époque (RESERVOIR DOGS, BENNY'S VIDEO, HENRY PORTRAIT OF A SERIAL KILLER) qui provoquèrent un grand débat médiatique sur les limites de ce qui pouvait être montré à l’écran. Cela peut faire sourire aujourd’hui, quand on regarde où on en est rendu en matière de Torture Porn avec des films comme HOSTEL, le remake récent de I SPIT ON YOUR GRAVE, A L’INTERIEUR, MARTYRS, etc.). C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS fut probablement un précurseur de cette tendance, mais aucun de ces films récents ne comporte, à mon avis, un personnage central aussi attachant et mémorable que celui créé par Poelvoorde. Ce mec a une opinion sur tout !
Écoutons le parler ici des logements sociaux : “Les briques rouges, c’est la couleur du sang, c’est la couleur de la violence !”
Ou pontifier au sujet de l’amour … “L’amour traîne une odeur, un peu comme quand tu vas pisser …”
Une pleine tuerie, Ben aperçoit un pigeon, ce qui éveille sa fibre poétique : « Pigeon ! Oiseau à la grise robe, Dans l'enfer des villes À mon regard tu te dérobes, Tu es vraiment le plus agile. »
Et, pour terminer, une petite chanson (à 2:54) que vous ne pourrez plus vous enlever de la tête après l'avoir entendue :
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Bonjour, ton site est génial et ce film est un petit chef d'oeuvre de mon pays et j'adore bonne continuation dans ton blog
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