
J’ai changé l’en-tête de ce blogue pour y placer la citation de Jean-Luc Godard (déjà discutée ici) au sujet des emprunts faits à des cinéastes par d’autres cinéastes. La raison ? C’est que je me rends compte que ce blogue, en plus d’être officiellement consacré aux films cultes, se donne aussi comme deuxième vocation de pointer du doigt les divers “emprunts” (ou, ahem, «hommages ») faits par de nombreux réalisateurs qui s’amusent à piller le cinéma des années 50s et 60s … Au fil des entrées, on a pu voir que Tarantino empruntait à Don Siegel (ici), Sam Fuller (ici) ou Leone (ici), qu’Eastwood empruntait à Boetticher (ici), que Cameron empruntait à une vieille série télé des années 60s (ici), etc (sans parler de la vague de re-makes de films des annees 70s (LAST HOUSE ON THE LEFT, THE CRAZIES, TEXAS CHAINSAW MASSACRE, etc) qui sévit à Hollywood depuis des années). Rien de mal la-dedans, dans la mesure où on ne se contente pas de copier ce qui a déjà été fait mais ou l’on s’en inspire pour l’adapter à sa propre vision, comme le font si bien Tarantino et Scorsese.
Cela étant dit, j’en profite pour parler justement de Russ Meyer, cinéaste plutôt obscur (et même longtemps dénigré dans certains milieux) mais dont l’œuvre a souvent servi d’inspiration à des cinéastes connus (parmi lesquels John Waters et, bien sûr, Quentin Tarantino, dont le film DEATHPROOF est un évident hommage à Meyer – un des personnages du film (Shanna (Jordan Ladd) porte même un T-Shirt orné d’une photo de FASTER PUSSYCAT KILL KILL.
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"FASTER PUSSYCAT KILL KILL !" is, beyond a doubt, the best movie ever made. It is possibly better than any film that will be made in the future." John Waters
Vous avez aimé voir les amazones cascadeuses de DEATHPROOF casser la gueule de Kurt Russell à la fin du film ? Vous avez aimé voir Uma Thurman tout démolir sur son passage afin d’assouvir sa vengeance dans KILL BILL ? Alors dépêchez-vous d’aller louer (ou télécharger) l’ancêtre de tous ces films : FASTER PUSSYCAT KILL ! KILL ! réalisé par Russ Meyer en 1965.
En fait, tout amateur de films « trash » mettant en vedette des actrices sans talent dont les proportions physiques donnent l’impression de regarder un film 3-D (!) SE DOIT de découvrir l’univers des films de Russ Meyer ! Cet ex-caméraman de combat durant la Deuxième guerre mondiale et talentueux photographe du magazine PLAYBOY fit fortune à Hollywood en lançant la mode des “nudies”, sortes de comédies légères axées sur l’exploitation d’érotisme (son premier film, THE IMMORAL MR TEAS (1959), tourné avec un budget de 24 000 $, rapporta plus d’un million de dollars). Fort de ce premier succès, Meyer, qui, en véritable auteur, agissait comme réalisateur, caméraman, monteur et producteur de ses films, en réalisa rapidement plusieurs autres (LORNA (1964), MOTOR PSYCHO (1965)) et mit tranquillement en place les éléments qui allaient constituer son style bien à lui (actrices choisies en fonctions de leurs poitrines Felliniesques, montage nerveux, dialogues outrageux et hilarants, personnages féminins forts et dominants, violence gratuite), culminant en ce chef-d’œuvre du cinéma Trash qu’est FASTER PUSSYCAT KILL KILL (1965).
Le film raconte l’histoire de trois danseuses de club : la leader Varla (interprétée par Tura Satana, plantureuse actrice de descendance japonaise et Cheyenne, dont la biographie, si on en croit le site wikipedia, comporte un épisode de vengeance ressemblant étrangement à celle du personnage de Uma Thurman dans KILL BILL !) et ses copines Rosi (interprétée par l’actrice Haji, de son vrai nom Barbarella Catton, qui, tenez-vous bien, est originaire de Québec !! Voir sur imbd) et Billie (Lori Williams). Ces amazones dansent la nuit dans des clubs minables et s’amusent le jour en s’adonnant à des courses de voitures dans le désert californien. Elles tombent un jour sur un jeune couple en bagnole, tuent le jeune homme, kidnappent la jeune fille et continuent leur route vers une maison isolée ou habitent un vieil homme en chaise roulante et ses deux fils. Elles espèrent s’emparer d’un gros montant d’argent qui serait en possession du bonhomme. Mais ce dernier a de son côté un plan tout aussi tordu …
Difficile de décrire ce film … Il faut VRAIMENT le voir pour le croire, et pour cela, heureusement, il y a Youtube !
L’extrait suivant comporte la séquence d’ouverture du film et en donne le ton : Un narrateur s’adresse directement à nous et nous souhaite la bienvenue : « Mesdames et messieurs, bienvenue dans le monde de la violence » … Suit la délirante séquence des trois donzelles dansant sous les encouragements de mecs ahuris, puis le générique au son de la pièce “FASTER PUSSYCAT” du groupe THE BOSTWEEDS tandis que défilent des images des filles au volant de leurs voitures de course ! A peine cinq minutes plus tard (vers 5:00), on a déjà droit à un “catfight » ! Yeah ! Du cinema trash comme on l'aime !
Tura Satana était adepte d’arts martiaux et exécutait ses propres scènes de combat (un peu comme la Zoe Bell de DEATHPROOF). Elle n’hésite pas à tuer quiconque se met sur son chemin, homme ou femme :
Autre extrait ici (avec sous-titres francais) :
Mais l’aspect le plus drôle du film (selon moi) demeure ses dialogues, parfois complètement hilarants ! Quelques extraits :
Lorsque le vieux rencontre les trois filles pour la première fois, il leur demande :
- Vous êtes des nudistes, ou bien vous n’avez rien à vous mettre sur le dos ? (Are you girls a bunch of nudists, or are you just short on clothes ?)
Plus tard, la blonde Billie se pâme devant le fils du vieux qui soulève des haltères.
- You Tarzan, me Jane ! lui lance-t-elle avec subtilité. "Why don't you drop that tree you're holding and let's grab a vine and swing a little ! ("Toi Tarzan, moi Jane ! Laisse tomber ce tronc d'arbre, attrapons une liane et allons nous amuser un peu ! ;)
Meyer réalisa par la suite d’autres films dans la même veine (VIXEN (1968), SUPERVIXENS (1974)) qui rapportèrent tellement d’argent que les producteurs Zanuck et Brown de 20th Century Fox offrirent à Meyer la chance de réaliser son premier film à gros budget (le film culte BEYOND THE VALLEY OF THE DOLLS, écrit par nul autre que le critique Roger Ebert !) qui fut un succès commercial mais non critique. Déçu de cette expérience, Meyer quitta le mainstream et retourna dans l’underground pour faire ce qu’il aimait le plus : des films à petits budgets sur lesquels il avait le contrôle total et qui firent sa fortune, puisqu’il en possédait tous les droits. Il mourut en 2004.
On peut voir sur Youtube un documentaire interessant sur la carriere de Russ Meyer (on y apercoit, entre autres, Danny Peary, auteur des livres CULT MOVIES) :
Scène délirante du film SUPERVIXENS (1974) comprenant les trois éléments essentiels au succès d’un film (selon Meyer) : Sexe, violence et humour (âmes sensibles et politically correct s’abstenir).
L’influence de Meyer perdure encore aujourd’hui. La preuve, le film Bitch Slap, sorti l’an dernier et mettant en vedette trois plantureuses amazones dignes des films de Russ Meyer (voir bande-annonce ci-dessous).
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