Tuesday, April 27, 2010

NIGHT OF THE LIVING DEAD (1968)



"Le silence dans la salle était total. Le film avait cessé d'être joyeusement épeurant, et il était devenu carrément terrifiant. Près de moi, une jeune spectatrice âgée d'environ 9 ans était immobile dans son siège et pleurait ..." Roger Ebert

George Romero, le réalisateur de NIGHT OF THE LIVING DEAD, premier film de la célèbre franchise des films de morts-vivants et jalon important dans l'histoire du cinéma d'horreur, n'avait jamais prévu de faire carrière à Hollywood. En 1968, Romero roulait déjà très bien sa bosse depuis des années à Pittsburgh comme réalisateur de films industriels et de commerciaux pour la télé. Dix ans plus tôt, il avait eu la chance de travailler comme machiniste sur le plateau de NORTH BY NORTHWEST de Hitchcock et qui sait si cette expérience n'a pas fait germer en lui l'idée de tourner un jour son propre film de fiction ? Reste qu'en 1968, ayant accès à tout l'équipement nécessaire pour mener à bien une telle entreprise, il écrivit une ébauche du scénario de ce qui allait devenir NIGHT OF THE LIVING DEAD.

Romero était depuis toujours un grand admirateur des fameuses bandes dessinées d'horreur E.C. Comics, éventuellement bannies aux Etats-unis en raison de leur contenu ultra-violent (Il leur rendra un vibrant hommage dans son film CREEPSHOW en 1982). Ce n'est donc pas un hasard si la trame de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS rappelle celle de nombreux TALES FROM THE CRYPT des E.C. Comics : un groupe de gens ordinaires font face à une menace horrible contre laquelle ils ne peuvent rien.

Romero réussit à convaincre une dizaine de ses amis à investir 600$ chacun dans son projet de film, recruta des acteurs amateurs parmi sa propre compagnie de production, trouva une maison pratiquement abandonnée et y tourna son film en une trentaine de jours (répartis sur neuf mois !). Le film une fois terminé, Romero se dépêcha d'en apporter une copie à Columbia Pictures, qui décidèrent qu'ils n'étaient pas intéressés à distribuer un film en noir et blanc. Il alla alors frapper à la porte des studios American International Pictures (qui produisaient depuis des années des films d'horreur à petit budget comme I WAS A TEENAGE WEREWOLF, ATTACK OF THE FIFTY-FOOT WOMAN, I MARRIED A MONSTER FROM OUTER SPACE, etc.) et ceux-ci lui demandèrent de modifier la fin de son film afin de le rendre moins pessimiste. Romero refusa. C'est finalement la compagnie Walter Reade (propriétaire de nombreuses salles de cinéma aux Etats-Unis) qui osa distribuer le film de Romero. Le succès ne fut pas instantané, mais des critiques comme celles de Roger Ebert (ici) contribuèrent à faire connaitre le film (même si c'était pour en condamner les excès !). Le bouche à oreille fit le reste, et NIGHT OF THE LIVING DEAD devint non seulement un très populaire "film de minuit" qui tint l'affiche pendant DEUX ANNEES à New York, mais reussit même l'exploit d'être présenté au Musée d'art moderne de NY !!

Pourtant, le film est LOIN d'être parfait et comporte d'irritantes erreurs techniques (faux raccords, post-synchro défaillante, séquences de nuit ou apparait la lumiere du jour, etc) qui rappellent les productions minables du fameux Ed Wood (réalisateur du navet culte PLAN 9 FROM OUTER SPACE). Comment alors en expliquer le succès ? Dans sa critique du film, Roger Ebert donne des éléments de réponse. Il faut d'abord préciser qu'il a vu le film en 1969 dans une salle ou se trouvaient des enfants laissés à eux-mêmes par des parents incroyablement insouciants ! Au tout début, comme le raconte Ebert, la salle semblait apprécier les "spooky thrills" ("amusants frissons") des premières minutes du film, alors que Barbara (Judith O'Dea) est poursuivie par un mort-vivant dans un cimetière :



Elle se cache dans une maison abandonnée, puis fait la rencontre de Ben (Duane jones), qui barricade la maison. Comme le raconte Ebert, le film devient alors "dull and talky" (ennuyant et bourré de dialogues). C'est le moment du film durant lequel on est en mesure de remarquer ses nombreux défauts :

Par exemple, dans l'extrait suivant, à 2:17 exactement, vous pouvez apercevoir juste derrière l'actrice un des poteaux (et le fil électrique) sur lequel repose l'équipement d'éclairage !



Cas classique ici de mauvais raccord dû au non-respect de l'axe qu'il ne faut pas traverser avec la caméra lorsque l'on filme une conversation entre deux personnages. L'effet est particulièrement déstabilisant à partir de 3:00 : elle le regarde dans les yeux comme si elle était assise à sa droite, mais le plan suivant, il se tourne vers elle comme si elle était à sa gauche !! ;)



Ici, à 3:45, la lumière du jour surgit ... en pleine scène nocturne !!!



On cesse toutefois de remarquer les défauts du film lorsqu'il bascule soudainement dans l'horreur absolue dans la scène ci-dessous, où les morts-vivants se battent entre eux afin de dévorer les restes calcinés du jeune couple d'amoureux (à partir de 1:25) ! Romero a l'intelligence ici de laisser tomber la musique "en canne" entendue depuis le début du film. Il la remplace par une tonalité électronique terriblement efficace. Les gros plans se succèdent, les sons de mastication sont amplifiés, les zombies se délectent d'intestins, de foie et de chair humaine et on fait allègrement éclater un des derniers tabous au cinéma : le cannibalisme. On comprend alors ce qu'Ebert voulait dire lorsqu'il décrivait la réaction des pauvres enfants en état de choc devant un tel spectacle !



A partir de ce moment, le spectateur n'a d'autre choix que d'embarquer complètement (ou de quitter la salle !) et de devenir témoin d'un véritable cauchemar où rien ne se déroulera comme il l'aurait prévu (surtout pour les spectateurs de l'époque, habitués jusqu'alors à voir les héros toujours triompher du mal). Le revirement final, particulièrement pessimiste et ironique, demeure encore aujourd'hui très audacieux.

Les critiques de l'époque s'amusèrent à voir dans le film une métaphore de l'Amérique de 1968 qui "se dévore elle-même en raisons des tensions suscitées par la guerre du Viet-Nam et l'émancipation des noirs" (puisque le héros du film est un noir), ce qui a toujours fait rire Romero. Il rappelle à tous que l'acteur noir Duane Jones a été choisi non pas en raison de la couleur de sa peau, mais simplement parce qu'il avait été le meilleur durant les auditions.

Le succès du film fut tel que Romero a pu par la suite obtenir facilement tout le financement désiré pour tourner de nombreuses suites au film (dont l'excellent DAWN OF THE DEAD (1978) qui a fait l'objet d'un remake en 2004 réalisé par Zack Snyder (réalisateur de 300). Le film culte de Romero THE CRAZIES (1972) a lui aussi récemment fait l'objet d'un excellent remake.

Pour ce qui est de NIGHT OF THE LIVING DEAD, recherchez la version DVD distribuée par ELITE Entertainment (ici), qui nous offre ENFIN une version du film d'une étonnante qualité visuelle ! Je dis cela parce que NIGHT OF THE LIVING DEAD n'a longtemps été disponible que dans la version floue que vous pouvez voir dans les extraits ci-dessus (pris sur Youtube). Ce grand classique de l'horreur reçoit enfin le traitement qu'il mérite.

Monday, March 8, 2010

THE TALL T (1957) - LE CULTE DE BUDD BOETTICHER



“ The nice thing about the deaths in my movies was that somebody cared, even the guy who did the killing.” Budd Boetticher

Un des grands plaisirs pour un cinéphile qui se croyait averti, c’est de découvrir l’existence d’un cinéaste dont il ignorait l’existence et de partir à la découverte de sa filmographie. C’est ce qui m’est arrivé ces dernières années avec le réalisateur Budd Boetticher, dont je ne savais strictement rien jusqu’à ce que j’aperçoive son nom dans la liste des films cultes du premier volume de la série des livres CULT MOVIES.

On y mentionnait un western intitulé THE TALL T. Tiens donc ? Un western culte qui n’était PAS réalisé par John Ford (comme THE SEARCHERS, MY DARLING CLEMENTINE), Sergio Leone (ONCE UPON A TIME IN THE WEST), Sam Peckinpah (THE WILD BUNCH), Anthony Mann (MAN OF THE WEST), ou Howard Hawks (RIO BRAVO) mais par un réalisateur dont je n’avais jamais entendu parler ?? Mais qui était donc ce Budd Boetticher, admiré aujourd’hui (comme j’allais le découvrir) par des cinéastes comme Godard, Scorsese, Tarantino et Eastwood ?

Budd Boetticher était un de ces réalisateurs/aventuriers de la trempe de Sam Fuller (voir article ici), Robert Aldrich et autres durs-à-cuire arrivés au cinéma un peu par hasard. Dans le cas de Boetticher, le parcours fut particulièrement surprenant : il fut adopté à la naissance par un riche paternel âgé de 50 ans. Enfant unique et privilégié, tourmenté par ses camarades de classe, il se mit à la boxe pour pouvoir se défendre et devint un athlète accompli jusqu’au jour où une blessure au genou le força à limiter ses activités. La famille partit alors en voyage au Mexique où un évènement allait changer sa vie : il assista à une corrida et devint obsédé par l’idée d’apprendre les rudiments du métier de matador, ce qu’il fit avec beaucoup de talent et de courage. (Cette partie de sa vie allait inspirer le scénario de son premier succès au cinéma : le film THE BULLFIGHTER AND THE LADY (1951) mettant en vedette Robert Stack dans le rôle de Boetticher). L’entrée dans le monde du cinéma se fit tout à fait par hasard, alors que le producteur Hal Roach pensa de recommander Boetticher au réalisateur Robert Mamoulian qui cherchait un assistant pouvant montrer à l’acteur Tyrone Power comment tenir une cape de matador pour le film BLOOD AND SAND (1941). Fort de ce succès, Boetticher gravit ensuite tous les échelons, pour finalement devenir réalisateur de films de série B plus ou moins mémorables. C’est sa rencontre avec l’excellent scénariste Burt Kennedy qui allait tout changer : ce dernier lui écrivit des scénarios dignes de son talent (SEVEN MEN FROM NOW (1956), THE TALL T (1957), RIDE LONESOME (1959), COMANCHE STATION (1960), que Boetticher réalisa en y ajoutant sa touche bien personnelle d’humour et de considérations philosophiques sur le bien, le mal et les conséquences de nos actions.

C’est ce qui différencie les westerns de Boetticher de la majorite des autres westerns de serie B qui se faisaient à l’époque : les protagonistes, qu’ils correspondent au cliché des bons (l’omniprésent Randolph Scott, symbole même de la rectitude morale) ou des "mechants", demeurent des personnages complexes qui prennent souvent le temps de se remettre en question.

C'est le cas de l'excellent THE TALL T (1957) (Ne vous laissez pas décourager par les 15 premieres minutes du film qui comportent les pires éléments des westerns de l'époque : musique ringarde et humour à la Walt Disney ! Le récit démarre vraiment 20 minutes plus tard - voir l'extrait Youtube no. 3). Randolph Scott et un couple de nouveaux mariés sont kidnappés par trois truands (menés par Pat Boone). Dans le dialogue qui suit (3:32 à 5:18), le truand est présenté sous un jour étonnamment sympathique : il a les mêmes aspirations que Scott (s'acheter une terre et du bétail), mais a simplement choisi une façon différente d'atteindre son objectif.

Frank : - Un homme devrait avoir quelque chose qui lui appartient et dont il peut être fier
Brennan : - Et tu crois que c'est comme ça que tu vas l'obtenir ?
Frank : - parfois on n'a pas le choix ...
Brennan : - Vraiment ?



Dans le même extrait, à 7:00, revirement intéressant : Dans l'univers de Boetticher, même les truands ont un "code de l'honneur" et Frank, dégoûté de voir le nouveau marié offrir son épouse en rançon afin de sauver sa peau, n'hésite pas une seconde à le tuer ! ("I got sick of him, way down deep inside ..."). Brennan le confronte à nouveau sur ce choix:

Brennan : - Oui, ce qu'il a fait était mal, mais tu crois que c'était mieux de ta part de prétendre que tu marchais dans sa combine pour ensuite le tuer ?
Frank : - Si tu ne vois pas la différence entre les deux, je ne te l'expliquerai pas ...

Même lorsqu'il est question d'amour, Brennan a des leçons de morale à donner ! ;-) Dans la scène suivante (0:00 à 1:49), il confronte sans ménagement la nouvelle mariée sur ses choix jusqu'à ce qu'elle admette qu'elle a épousé son salaud de mari uniquement pour ne pas finir toute seule ... Constatant sa grande vulnérabilité, Brennan profite de la situation, histoire de bien lui montrer que "parfois, il faut cesser d'attendre que les choses nous tombent du ciel et il faut aller les chercher " !! (Sacré Brennan ! Incroyable ce mec ... ;-)



Le même genre de dilemme moral est présenté dans le film COMANCHE STATION (1960). Tout le long du film, un jeune cowboy (Richard Rust) se questionne à savoir s'il doit prendre pour modele l'honorable Randolph Scott ou le truand (Claude Akins) avec qui il voyage depuis quelque temps. Son choix sera fait en fonction de ce qu'il "ressent à l'intérieur de lui comme étant la bonne chose à faire" ("... what feels good inside"), consideration plutot inhabituelle pour un western, et qui ne sera pas sans conséquence (SPOILER : séquence ci-dessous, à 8:15)



On peut voir comment Clint Eastwood, fan de Boetticher, a pu être influencé par son oeuvre. Son film UNFORGIVEN comprend une séquence digne de Boetticher où le jeune partenaire d’Eastwood (Jaimz Woolvet), qui vient de tuer un homme pour la première fois de sa vie, se met à pleurer. Eastwood lui dit alors, à la manière d’un Randolph Scott, la fameuse réplique « It’s a hell of a thing, killing a man … You take away all he’s got, and all he’s ever gonna have”, résumant ainsi toute la philosophie des westerns de Boetticher : on ne peut échapper aux conséquences de nos actes et a leur impact sur nos vies.

Mort en 2001, Boetticher se moquait un peu des westerns modernes. Il avait dit en entrevue (après avoir vu UNFORGIVEN, sorti en 1992) : “Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Les hommes de cette époque étaient des gens ignorants, sans éducation. Jamais un seul d’entre eux n’aurait dit une réplique du genre : “Ma mère était une prostituée qui a connu un homme qui lui a lancé de l’acide en plein visage et c’est depuis ce jour que je déteste l’humanité …” Voyons donc ! Ils ne pensaient pas comme ça ! ” En effet, les cowboys du Far-West n’étaient certainement pas des âmes tourmentées prenant plaisir à s’auto-psychanalyser. Ils étaient plutôt semblables aux héros des films de Boetticher : laconiques, humbles et désireux de faire “ce qu’ils ressentaient comme étant la bonne chose à faire.”

Un peu comme Boetticher d’ailleurs qui, après avoir réalisé d’excellents westerns, fit ensuite cavalier seul et passa le reste de sa vie à se consacrer au seul projet qui lui tenait vraiment à cœur : réaliser un documentaire sur la vie de son ami matador Carlos Arruza (ARRUZA (1972), projet de longue haleine qui allait lui coûter sa fortune, son mariage et sa santé.

Un coffret des meilleurs films de Boetticher est paru l'an dernier, agrémenté de présentations et commentaires de Clint Eastwood, Martin Scorsese et Taylord Hackford (voir ici).

Le coffret comprend un excellent documentaire (que l'on pouvait visionner sur Youtube jusqu'à tout récemment) sur la vie de Budd Boetticher, dans lequel Clint Eastwood (accompagné de Quentin Tarantino) avoue carrément avoir piqué des idées à Boetticher. L'extrait n'est plus disponible, mais le court documentaire ci-dessous donne un bon aperçu de la carrière de Boetticher.



Boetticher étant admiré à l’époque par les critiques des CAHIERS DU CINÉMA, il était inévitable que Godard y fasse allusion dans un de ses films. Dans A BOUT DE SOUFFLE, Belmondo et Jean Seberg vont dans un cinéma parisien. Quand ils en ressortent (à 1:03) , on peut lire le titre du film sur la marquise : WESTBOUND réalisé par Budd Boetticher en 1959.

Friday, January 29, 2010

LES VOIX CULTES

Dans l'article sur le culte de JERRY LEWIS (ici), j'ai affiché l'extrait suivant en précisant que le comédien qui faisait le doublage (particulièrement démentiel dans ce cas-ci) s'appelait Michel Roux :



Il est possible que cette voix vous ait semblé familière ? Pas étonnant, car pendant plus de 40 ans, Michel Roux a prêté sa voix bien distincte a de nombreux acteurs américains, dont Jack Nicholson dans EASY RIDER et Elvis Presley dans FUN IN ACAPULCO. Maitre du doublage de film, Michel Roux était d'abord et avant tout un comédien et metteur en scène bien connu en France. Le voici d'ailleurs sur les planches (l'homme de droite, en tuxedo) :



Ca vous rappelle quelqu'un, cette voix ? Cela devrait, surtout si vous avez deja vu un seul épisode de la série télé AMICALEMENT VOTRE (THE PERSUADERS). He oui, la voix de Roux etait celle de Tony Curtis :

Voir extrait d'AMICALEMENT VOTRE en cliquant ici.

Vous pouvez consulter la voxographie (liste des films auxquels il a prete sa voix) de Michel Roux ici.

Roux est décédé en 2007. On se souviendra surtout de sa performance vocale dans la peau de l'inspecteur Clouseau (Peter Sellers) dans la série des films de la PANTHÈRE ROSE :



Et ma préférée : sa version bien à lui (et meilleure que l'original, selon moi) de la voix du psychiatre Fritz Wolfgang Sigismund Fassbinder (Peter Sellers) dans QUOI DE NEUF PUSSYCAT ? (1965) : "Immonde amalgame de chair putride, putride, putride ..."



D'autres comédiens ont atteint le statut de voix culte au fil des années, les plus connus étant :

MARC DE GEORGI (Voix de Robert Redford dans TROIS JOURS DU CONDOR, Tony Musante dans L'INCIDENT(ci-dessous), etc.) Voxographie ici.



HENRY DJANIK (Voix de Telly Savalas dans KOJAK, Anthony Quinn, ...). Voxographie ici.

Montage de quelques-unes de ses performances ici.

... et une réplique mémorable d'Henry Djanik dans la version française de IT'S A MAD MAD MAD MAD WORLD (1963) :



Autres voix cultes :

Le comédien québécois (et fils d'Olivier Guimond) Richard Darbois, qui double souvent Harrison Ford (entre autres dans BLADE RUNNER). (Voxographie ici)

George Aminel : Sylvestre le chat, Darth Vador, Charlton Heston dans LA PLANETE DES SINGES

René Arrieu : Lee Marvin (POINT BLANK, DIRTY DOZEN) , Fernando Rey (FRENCH CONNECTION), Jason Robards (IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST, LES HOMMES DU PRÉSIDENT), le Dr Heywood dans 2001 L'ODYSEE DE L'ESPACE, Oliver Reed dans LES DIABLES, Terence Stamp dans SUPERMAN 2, Peter Graves dans Y A-T-IL UN PILOTE DANS L'AVION ?

René Bériard : Le Dr Smith (Jonathan Harris) dans PERDUS DANS L'ESPACE, Alfred dans BATMAN

Jacques Thebault : Voix de Patrick McGoohan dans LE PRISONNIER, voix de Roy Scheider dans LES DENTS DE LA MER, voix de Steve McQueen dans BULLIT. (Voxographie ici).

Mel Hondo : La voix officielle de Eddie Murphy dans tous ses films.

Jacques Dynham : Voix de Jerry Lewis dans presque tous ses films.

Claude Bertrand : Voix de Eli Wallach dans LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND, voix de Roger Moore (LE SAINT, JAMES BOND et AMICALEMENT VOTRE)

Marc Cassot : Paul Newman dans la majorité de ses films.

Jean-Claude Michel : Voix de Sean Connery dans la majorité de ses films, Charlton Heston dans SOLEIL VERT, Clint Eastwood dans DIRTY HARRY.

Dominique Paturel : voix de David Vincent (Roy Thinnes) dans la serie LES ENVAHISSEURS, Leslie Nielsen dans Y A-T-IL UN PILOTE DANS L'AVION ? Lee Majors dans L'HOMME DE SIX MILLIONS et surtout J.R. (Larry Hagman) dans la serie DALLAS.

Tuesday, January 26, 2010

L'AVATAR DE CAMERON N'EST PAS CELUI QU'ON CROIT



Je viens tout juste de voir AVATAR (version 3- D). Impressionnant visuellement, mais pour ce qui est du scénario, disons que si un avatar est la reproduction de ce qui existe déjà sous une autre forme, alors le film de Cameron en est lui-même tout un !

Je n'apprendrai rien à personne en disant que le scénario rappelle beaucoup DANCES WITH WOLVES (tellement de critiques l'ont déjà dit, et avec raison), mais le hic, c'est qu'il rappelle aussi des moments clés de films comme PLANET OF THE APES (scène ou Scully est capturé par un groupe de Na'vis à chevaux), STARSHIP TROOPERS (bassin d'eau où flotte l'avatar de Na'vi rappelant celui dans lequel on « réparait» Caspar Van Dien), mais surtout un épisode complet de la série culte THE OUTER LIMITS/AU-DELA DU REEL (l'épisode THE CHAMELEON - 1964) dont Cameron doit être un fan, puisque son film TERMINATOR s'inspirait lui aussi de deux épisodes de la célèbre série (SOLDIER et DEMON WITH A GLASS HAND), dont j'ai déjà parlé ici.

Ce qui est bien avec l'internet, c'est que grâce à Youtube, il est possible de vous montrer où il a piqué ses idées :(Mise à jour novembre 2010 : je viens de me rendre compte que MGM, qui détient les droits de la série OUTER LIMITS, en a retiré tous les extraits qui se trouvaient sur youtube !! Merde, tout mon article reposait la-dessus ... Mais rien ne vous empêche de louer l'épisode THE CHAMELEON pour constater ou Cameron a trouvé son inspiration pour AVATAR)

Dans THE CHAMELEON, Robert Duvall joue le rôle d'un agent américain qui doit infiltrer un groupe d'extra-terrestres. Pour ce faire, on le transforme en extra-terrestre (Tiens donc ! ;)

Details du processus de transformation a 2:10, puis transformation a partir de 7:00 :



Tout comme dans le film de Cameron, les extra-terrestres du CHAMELEON savent très bien que Duvall est un avatar et en viennent à sympathiser avec lui (a partir de 7:14) : "It's a good impersonation Earthman, but we know who you are, the way one of your dogs can tell a cat ..."



Dans AVATAR, le commandant sent que Scully est en train de changer de camp et il le sort de son sommeil pour lui rappeler quelle est sa véritable mission; dans THE CHAMELEON, l'agent du gouvernement constate la même chose et envoie un signal sonore à Duvall pour lui rappeler qu'il a une mission à accomplir (a 6:10):



Finalement, tout comme Jake Scully dans AVATAR, Duvall choisit de se rallier aux extra-terrestres et part avec eux (a partir de 1:00):



Sacré Cameron ! Il croit peut-être que personne ne se souvient d'une vieille série des années 60s ! L'ecrivain Harlan Ellison, lui, s'en est souvenu assez pour poursuivre Cameron (et gagner sa cause) afin d'obtenir la reconnaissance de la paternité des idées que Cameron avait piquées dans les deux épisodes de OUTER LIMITS qu'Ellison avait écrits (SOLDIER et DEMON WTH A GLASS HAND).

Dans l'épisode SOLDIER, deux soldats du futur sont transportés dans le passé (donc notre présent, dans ce cas-ci 1964). À 4:18, le soldat apparaît soudainement en pleine ville, comme Schwarznegger dans TERMINATOR :



Il fallait trouver une motivation pour le combat entre Kyle Reese (Michael Biehn) et le Terminator. Cameron la prendra dans l'épisode DEMON WITH A GLASS HAND. Elle sera la même que le personnage de Trent (Robert Culp), qui détient entre ses mains la survie de la race humaine et doit la protéger coûte que coûte. (Seule différence, dans GLASS HAND, Trent est un androide qui protège la race humaine, alors que dans TERMINATOR, l'androide (Arnold) veut l'exterminer (en tuant Sarah Connors).

Explications donnees par "LA MAIN DE VERRE" a 3:48 (Je vois que l'extrait n'y est plus, mais il y en a un autre ici Voir a 4:00)
:


* Il se peut que l'édifice du dernier extrait vous dise quelque chose : c'est le fameux Bradbury Building de Los Angeles, ou a été filmée, entre autres, la finale de BLADE RUNNER !

Thursday, January 21, 2010

LE CULTE DE JERRY LEWIS




“ Your films were just about a guy going nuts for two hours !”
David Letterman (en entrevue avec Jerry Lewis
)


Les Français et les Américains sont célèbres pour leurs désaccords à propos de deux sujets importants : la pertinence de l’intervention armée en Irak … et le génie de Jerry Lewis !

On peut en effet se demander ce qui a amené les français à remettre la Légion d’honneur à Jerry Lewis EN 2006 (!!), quarante ans après qu’il ait réalisé ses films les plus mémorables (THE BELLBOY (1960), THE LADIES MAN (1961), THE ERRAND BOY (1961), THE NUTTY PROFESSOR (1963), THE PATSY (1964), THE FAMILY JEWELS (1965) et THE BIG MOUTH (1967) et à une époque où il n’était plus considéré aux États-Unis que comme un « has been » relégué à l’animation de téléthons.

Il faut toutefois admettre que les français avaient déjà salué le talent de Lewis bien avant 2006. Dans les années 60, les critiques des CAHIERS DU CINÉMA admiraient le fait que, à l’instar de cinéastes comme Hitchcock ou Welles, Lewis avait le contrôle total de tous les aspects de ses films (production, réalisation, scénario, interprétation), ce qui selon eux faisait de Lewis un véritable auteur (terme très prisé par LES CAHIERS à l’époque). D’accord avec eux sur ce point, mais peut-on vraiment parler de génie comique ??

Je dirais plutôt que Lewis a fait le lien entre l’époque révolue des comiques du muet (Chaplin, Keaton, Laurel et Hardy, qui ont bien sûr influencé Lewis, Lewis ayant admis recemment (sur un des bonus du DVD du NUTTY PROFESSOR) qu'il faisait lire certains de ses scenarios par nul autre que Stan Laurel !), et celle des comiques d’aujourd’hui, presque tous venus au monde grâce à leur association à l’émission SATURDAY NIGHT LIVE (qui a débuté en 1975, rappelons-le) : Chevy Chase (dont les mimiques et les films (la série des NATIONAL LAMPOON) rappellent beaucoup Lewis), Belushi, Myers, etc. et Eddie Murphy, qui ira même jusqu’à faire un re-make (passablement vulgaire !) du NUTTY PROFESSOR en 1996). Les gens qui n’étaient pas de ce monde avant l’arrivée en ondes de SATURDAY NIGHT LIVE ne le savent probablement pas, mais avant cette émission phare qui allait lancer la carrière de nombreux comédiens au cinéma, les seuls films comiques présentés à la télé (je parle de l’époque préhistorique où les magnétoscopes VHS n’existaient pas encore !) étaient ceux de Walt Disney ou de Jerry Lewis ! (La seule autre option à cette époque étant les films de Louis De Funès ou des Charlots ! Triste époque …)

Bref, pendant des années, Jerry Lewis a régné comme seul et unique “clown du cinéma” (le seul lui étant comparable étant Woody Allen qui, à ses débuts, écrivait et réalisait des comédies délirantes (TAKE THE MONEY AND RUN et BANANAS) bourrées de gags visuels rappelant Lewis. L'héritier de Lewis aujourd'hui serait bien sûr Jim Carrey (qui, à ses débuts (en 1983) dans une javascript:void(0);obscure série appelée BUFFALO BILL, interprétait un imitateur de Jerry Lewis !). Bien que certains des films de Lewis aient plutôt mal vieilli et souffrent souvent de scénarios décousus ou de longueurs (ex : THE BIG MOUTH), on retrouve dans chacun d’eux une ou deux séquences d’anthologie pouvant encore faire rire ou susciter l’admiration. En voici quelques-unes :

Le générique très jazzé et complètement démentiel de THE BIG MOUTH (JERRY LA GRANDE GUEULE). L’utilisation de la musique est ici poussée jusqu’à l’absurde : à la fin du générique (1:49), on croit que la musique va nécessairement s'arreter, mais elle continue de plus belle ! À 2:19, on se dit que ca y est, mais non : ça continue toujours ! Meme chose a 2:47 ! ;-)) Du jamais vu !




Avant de devenir lui-même réalisateur, Lewis avait joué dans des films réalisés par un certain Frank Tashlin qui avait fait carrière dans le monde des dessins animés pour la Warner Bros. Cette influence se fera sentir tout le long de la carrière de Lewis, entre autres dans des gags visuels ou Lewis prend soudainement des caracteristiques physiques très "cartoonesques" :

The Nutty professor (1963) :



The Big Mouth (1967) :



Deux séquences d’anthologie du chef-d’œuvre de Lewis (THE NUTTY PROFESSOR): La séquence de transformation (plutot troublante pour une comedie et accompagnee d'une excellente trame sonore). Puis, à 3:27 : Utilisation remarquable de la caméra subjective durant un plan séquence particulièrement audacieux pour l’époque :




Délire surréaliste dans THE BIG MOUTH : A chaque fois qu’ils aperçoivent Jerry (sosie d’un criminel qu’ils croyaient avoir assassiné), les truands tombent en état de choc !

Le premier (dans l'extrait du bateau, plus haut), puis le deuxieme ici :

(Buddy Lester) :




Et le troisième (Charlie Callas, doublé ici par le comédien français Michel Roux) :




Ma séquence favorite (Lewis et Buddy Lester dans THE LADIES MAN) : On se demande combien de fois ils ont dû reprendre la scène avant de pouffer de rire : (The Nutty Professor)



The Bellboy :

Saturday, December 26, 2009

LA POMME, LA QUEUE ET LES PEPINS (1974) ou "l'exploitation d'érotisme"

Les années 70s nous ont donné un grand nombre de comédies psychotroniques mal foutues caractérisées par « l’exploitation d’érotisme” (comme on pouvait le lire dans le TV Hebdo) et l’humour grivois. Mais le Québec n’est pas en reste ! Un homme ici a réussi, à lui seul, à donner au cinéma québécois ses œuvres “comiques” les plus vulgaires, les plus aberrantes de mauvais goût, et cet homme s’appelle Claude Fournier.

Dans un Québec en pleine révolution tranquille, Fournier a eu l'idée d’exploiter le filon en offrant au bon peuple ce que la religion catholique lui interdisait depuis trop longtemps. C’est probablement la seule raison qui explique l’étonnante popularité de ces navets aux scénarios débiles (et techniquement horribles) que sont LES DEUX FEMMES EN OR (1970), LES CHATS BOTTÉS (1971) et LA POMME, LA QUEUE ET LES PÉPINS (1974). Tous sont devenus des films cultes depuis (les deux derniers étant particulièrement difficiles à dénicher même dans les clubs vidéos les plus spécialisés).

Au fil des années, de nouvelles générations de jeunes cinéphiles québécois se sont approprié des extraits de ces petits chefs-d’œuvre pour les faire connaître à un nouveau public. Au début des années 90s, alors que le phénomène du Scratch-Vidéo (montage d’extraits de films et d’émissions de TV, voir ici) prenait de l’ampleur à Montréal, des soirées Scratch-Vidéo organisées dans des bars de Montréal par le collectif de Scratch-vidéastes NOS AMIS LA TV (qui comprenait Patrick Masbourian, André Lavoie (maintenant réalisateur de l’émission INFOMAN), Jean-François Boucher, François Chicoine et Dany Lavoie) ont permis la présentation publique de scratch-vidéos comportant de nombreux extraits du film culte LA POMME, LA QUEUE ET LES PÉPINS. Encore aujourd’hui, alors que le phénomène Scratch-Vidéo a été remplacé par les soirées TOTAL CRAP au Club Soda (organisées par Simon Lacroix et Pascal Pilote, voir ici), les montages qui y sont présentés rendent souvent hommage à ce classique du cinéma psychotronique québécois (un peu comme on le fait avec la version québécoise du film culte SLAP SHOT/LANCER FRAPPÉ). Plus récemment, dans le cadre de l’émission ICI LOUIS-JOSÉ HOUDE, Louis-José Houde a rendu hommage au film LA POMME, LA QUEUE ET LES PÉPINS en en diffusant des extraits juteux devant un public médusé.

Aux malheureux qui ne connaissent toujours pas ce monument de notre cinématographie nationale dans lequel on retrouve des comediens aussi connus que Janine Sutto, Gaetan Labreche, Rene Caron, Paul Buissonneau, etc., j’offre les extraits suivants :


Ti-Bé (Roméo Pérusse) et Adrienne (Janine Sutto) discutent du problème de Martial :



Compte tenu de la mauvaise qualite sonore du film (et pour le benefice de nos amis francais qui auraient de la difficulte avec l'accent quebecois), je retranscris ici les phrases cultes des differents extraits :


- Maudites bines qui veulent pas descendre ! C’est drôle, les nouvelles bines sont paquetées la tête en bas. Tu pètes pas, tu rotes avec ça. ... Y’est gras c’ui-là !

- Les bines, les cretons, la tête en fromage, c'est encore sauvage. Avec quoi tu penses qu’on fait peur aux anglais depuis 300 ans ??


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Maurice (Réal Béland) en a long à dire sur le télé québécoise. Il en parle avec sa femme (Thérèse Morange) :




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Réal Béland et Roméo Pérusse se défoulent en jouant au billard. La serveuse en tenue légère n’est nulle autre que Francine Grimaldi !!


Tuesday, December 15, 2009

LE CULTE DU DIRECTEUR PHOTO EN GENERAL, ET DE CONRAD HALL EN PARTICULIER




Il fut un temps où, à l'exception des gens oeuvrant dans l'industrie du cinéma et des cinéphiles les plus avertis, peu de gens portaient attention aux noms de techniciens (directeurs photo, monteurs, etc.) défilant au générique d'ouverture des films. Mais depuis la révolution DVD, l'ajout de suppléments de toutes sortes (entrevues avec les techniciens, commentaires du réalisateur et autres "making of ") a permis à bon nombre d'artisans de l'industrie de sortir de l'ombre et de voir leur contribution enfin reconnue à leur juste valeur (et autrement que par une hypothétique nomination aux oscars).

Certains techniciens et artisans ont même ainsi atteint le statut de super star dans leur domaine respectif (Tom Savini pour les effets spéciaux gore des films de zombie à la DAWN OF THE DEAD, la monteuse Thelma Schoonmaker pour son association avec Martin Scorsese, etc). Depuis une vingtaine d'années, les directeurs photos ont bénéficié de cet engouement, jusqu'à voir un magazine américain leur être entièrement consacré (l'excellent (mais très technique) AMERICAN CINEMATOGRAPHER). Au fil des années, on y a tracé le portrait des "maîtres de la lumière" que sont Gordon Willis (directeur photo du PARRAIN et fidèle collaborateur de Woody Allen), Vittorio Storaro (APOCALYPSE NOW), Roger Deakins (FARGO, NO COUNTRY FOR OLD MEN), etc. En 1992, un excellent documentaire (VISIONS OF LIGHT) leur a même été consacré.

Pas surprenant, donc, de constater que certains directeurs photos font l'objet d'un véritable culte auprès des cinéphiles. C'est le cas du légendaire Conrad L. Hall, qui s'est particulièrement illustré par son perfectionnisme et son audace, repoussant constamment les conventions afin de révolutionner la façon de raconter une histoire et de mettre en image la vision du réalisateur.

CONRAD HALL (1926 - 2003)

"Sometimes I would dare Conrad Hall to try something unconventional. He would ALWAYS do it !" (Parfois je mettais Conrad Hall au défi d'essayer quelque chose de non conventionnel. Il le faisait TOUJOURS !) Gerd Oswald (Realisateur - The Outer Limits)

Fils de James Horman Hall (ex-pilote durant la Première Guerre mondiale qui allait ensuite écrire le classique roman MUTINY ON THE BOUNTY adapté au cinéma en 1962 et sur lequel son fils Conrad travailla comme caméraman), Conrad Hall connut une enfance idyllique à Tahiti, où s'étaient installés ses parents. Des années plus tard, il fréquenta l'University of South California, d'abord en journalisme, puis en cinéma. Diplôme en main mais sans emploi, il fonda avec deux autres diplômés une petite compagnie de production et, pour leur premier film, ils choisirent de laisser au hasard le soin de décider qui serait réalisateur, producteur et caméraman en écrivant ces mots sur trois papiers qu'ils déposèrent dans un chapeau. Hall tira du chapeau le papier sur lequel était écrit "caméraman », et, comme on dit en anglais ... the rest is history !

Au cours d'une carrière échelonnée sur plus de 40 ans (dont dix années sabbatiques (1977 à 1987) durant lesquelles Hall fit fortune en tournant des commerciaux avec son collègue Haskell Wexler), le génie de Hall fut récompensé par trois oscars (BUTCH CASSIDY AND THE SUNDANCE KID (1969), AMERICAN BEAUTY (2000)et un oscar posthume pour ROAD TO PERDITION (2003) et sept nominations (IN COLD BLOOD, THE PROFESSIONALS, SEARCHING FOR BOBBY FISHER, MARATHON MAN, DAY OF THE LOCUST, MORITURI, TEQUILA SUNRISE). Durant sa carrière, Hall se distingua par son audace et son enthousiasme contagieux, se montrant toujours prêt à expérimenter des techniques rarement utilisées auparavant (scènes entièrement tournées au téléobjectif dans ELECTRA GLIDE IN BLUE (1973), utilisation de la lumière ambiante et sous exposition dans les scènes de bar du sous-estimé FAT CITY (1972) de John Houston, scène entièrement visuelle de l'assassinat de Paul Newman tournée le soir et sous la pluie battante dans ROAD TO PERDITION) (2003), en cherchant à chaque fois "l'accident magique », i.e. l'élément visuel additionnel (et parfois accidentel, puisque Hall aimait bien improviser avec ce qui se présentait devant lui) qui augmentera l'impact d'une scène, comme le plan célèbre des "larmes" reflétées sur le visage de Robert Blake dans IN COLD BLOOD (voir extrait ci-dessous).

Les "larmes" de Robert Blake dans IN COLD BLOOD (1967) - (a partir de 1:12) :



Dans le documentaire VISIONS OF LIGHT (1993), Conrad Hall raconte la conception de cette image inoubliable (a partir de 3:10)



Pour le film FAT CITY (1972), Conrad Hall, qui désirait donner au film un look hyper réaliste, choisit d'utiliser le plus souvent possible la lumière ambiante et filma à leur insu des non acteurs (dans la séquence d'ouverture ci-dessous), histoire de capturer des images bien réelles "... of life going down the drain" (la grande misère), ce qui est le thème du film



Dans l'épisode THE FORMS OF THINGS UNKNOWN de la série THE OUTER LIMITS, le réalisateur allemand Gerd Oswald et Conrad Hall nous en mettent plein la vue en matière de délire visuel expressionniste (dont un plan très "Bergmanien" à 1:51):



FILMOGRAPHIE SELECTIVE DE CONRAD HALL :

- Episodes de la serie THE OUTER LIMITS (AU-DELA DU REEL) (1964)
- MORITURI (1965)
- INCUBUS (1966)
- COOL HAND LUKE (1967)
- HELL IN THE PACIFIC (1968)
- TELL THEM WILLIE BOY IS HERE (1969)
- BUTCH CASSIDY AND THE SUNDANCE KID (1969)
- FAT CITY (1972)
- ELECTRA GLIDE IN BLUE (1973)
- THE DAY OF THE LOCUST (1975)
- MARATHON MAN (1976)
- BLACK WIDOW (1987)
- TEQUILA SUNRISE (1988)
- CLASS ACTION (1991)
- JENNIFER EIGHT (1992)
- IN SEARCH OF BOBBY FISHER (1993)
- LOVE AFFAIR (1994)
- A CIVIL ACTION (1998)
- AMERICAN BEAUTY (1999)
- ROAD TO PERDITION (2003)