Thursday, September 2, 2010

TWO-LANE BLACKTOP/THE VANISHING POINT (1971)



" If I'm not grounded pretty soon, I'm gonna go into orbit ..." Warren Oates dans TWO-LANE BLACKTOP

De nombreux films cultes le deviennent en raison du mystère/légendes urbaines qui circulent à leur sujet (ex : Comment David Lynch a-t-il réalisé les effets spéciaux du bébé-monstre de ERASERHEAD (secret qu’il n’a encore jamais dévoilé) ? etc.).

D’autres le deviennent parce qu’ils sortent en salles à un moment formidablement opportun et que toute une génération de spectateurs s’identifient allègrement aux personnages principaux (on pense tout de suite à EASY RIDER ou à THE GRADUATE, à la fois films cultes ET grands succès commerciaux de la fin des années 60). Dans la même veine et à la même époque, on retrouve aussi ces deux films cultes existentialistes moins connus que sont VANISHING POINT (1971) (v.f. POINT LIMITE ZERO) et TWO-LANE BLACKTOP (1971) (v.f. MACADAM A DEUX VOIES), véritables hommages au culte que vouent les américains à l’automobile.


Synopsis : Dans VANISHING POINT, un vétéran du Vietnam appelé Kowalski (Barry Newman) décide sur un coup de tête qu'il va conduire sa Dodge Challenger 1970 de Denver à San Francisco en un temps record, faisant fi des lois et de la police qui est vite à ses trousses. Sur la route, il rencontre divers représentants de la contre-culture hippie de l'époque qui, d'une manière ou d'une autre, lui viennent en aide, le tout au son d'une excellente trame sonore des années 70s. TWO-LANE BLACKTOP est un film à l'image de ses deux protagonistes : peu bavard et dénué d'émotion. En fait, on pousse la symbolique existentialiste jusqu'à ne pas donner de noms aux personnages principaux ! Ainsi, le Conducteur (le chanteur James Taylor) et le Mécanicien (Dennis Wilson, ex-batteur des Beach Boys) ne vivent que pour rafistoler leur Chevrolet 55 et participer à des courses de hot-rods. Sur la route, ils rencontrent l'excentrique et verbomoteur Warren Oates au volant de sa GTO. Ce dernier leur propose une course à laquelle ils participent sans grand enthousiaste, jusqu'à ce qu'ils y perdent tout intérêt et qu'ils retournent à leur seule et véritable passion : les courses de hot-rods.

Points forts : VANISHING POINT possède quelque chose qui fait terriblement défaut à TWO-LANE BLACKTOP, soit une trame sonore entraînante faite de grands succès de l'époque (on les retrouve presque tous sur YOUTUBE). Et puis il est beaucoup plus facile de s'identifier au sympathique rebelle qu’est le Kowalski de VANISHING POINT qu'aux deux anonymes protagonistes de TWO-LANE BLACKTOP qui vivent dans leur bulle et se foutent complètement des gens qu'ils rencontrent sur la route (dont une jeune hippie (la Fille) qui entre et sort de leur voiture au gré de ses humeurs et à laquelle ils ne prêtent aucune attention). Je comprends que le réalisateur Monty Hellman cherchait à illustrer le vide existentiel de ces deux fous de la vitesse, mais si ce n'était de la vibrante performance de Warren Oates en conducteur complètement déjanté, ce film serait d'un ennui Antonioniesque . Dommage que le réalisateur ait choisi au montage de retirer les scènes qui nous en apprenaient plus sur les motivations des personnages (comme il l'avoue dans le commentaire qui accompagne le film). La version CRITERION du film offre un livret comportant l'excellent scénario original complet qui nous donne une meilleure idée de ce que ce film aurait pu être ...
VANISHING POINT bénéficie entre autres du travail du talentueux directeur photo John A. Alonzo, dont les superbes images donnent carrément le goût d'aller se perdre en voiture sur les routes désertiques du Névada. Et, malgré ses défauts, TWO-LANE BLACKTOP comporte une des finales les plus hallucinantes (pour ne pas dire complètement pétée et psychédélique) qui soit, donnant tout son sens à ce qu'on appelait à l'époque un HEAD Movie, soit un film à voir sous l'effet de substances illicites ... (voir extrait ci-dessous). Et puis il y a la performance exceptionnelle de Warren Oates, qui porte le film sur ses épaules ... « Those satisfactions are permanent ! »


Citation : TWOLANE BLACKTOP : Warren Oates, exprimant sa quête existentielle comme lui seul peut le faire :
« If I'm not grounded pretty soon, I'm gonna go into orbit ! »
(Si je ne me pose pas quelque part bientôt, je vais partir en orbite !)


Une des nombreuses pieces musicales de VANISHING POINT disponible sur YOUTUBE :



Warren Oates (TWO-LANE BLACKTOP) : " Just colour me gone, Baby !" (3:44)



Finale psychedelique de TWO-LANE BLACKTOP (vers 3:12): "Those satisfactions are permanent ..."

Tuesday, July 27, 2010

SECONDS (1966)




Recommencer votre vie à zéro, dans un environnement différent, dans un CORPS différent, ça vous dirait ? Et que seriez-vous prêt à sacrifier pour cette seconde chance ? C’est le genre de question que pose le film culte SECONDS de John Frankenheimer.


Synopsis : Arthur Hamilton (John Randolph) est un banquier de 50 ans qui semble tout avoir pour être heureux : belle situation, demeure cossue, épouse attentionnée, fille bien mariée, etc. Mais les premières images du film nous le montre pourtant triste, déprimé et incapable de faire l’amour avec sa femme tellement leur relation est devenue routinière. C’est pourquoi il ne peut résister à l’offre qui lui est faite par " la Compagnie ", une organisation qui, moyennant une forte somme d’argent, propose à Arthur de simuler sa propre mort (via un incendie rendant son "cadavre" méconnaissable) pour le faire renaître (via la chirurgie plastique) à une toute nouvelle vie et dans un nouveau corps (Rock Hudson). Mais pourra-t-il enfin trouver le bonheur ?


Points forts : Il faut reconnaître le courage de Frankenheimer d’avoir osé porter à l’écran un récit si déprimant et peu commercial, et de l’avoir fait de façon aussi captivante. Le ton est donné dès le générique d’ouverture : partition musicale d’épouvante (à l’orgue d’église) de Jerry Goldsmith, images distortionnées, abondance (surabondance ?) de caméra à l’épaule (et même, des années avant Aronofsky, recours à la snorricam (caméra attachée sur l’acteur) pour provoquer cet effet de flottement si déstabilisant), bref, tout l’aspect visuel et sonore du film illustre à merveille le vide intérieur du personnage principal et sa sensation d’isolement face au monde qui l’entoure. Sensation qui disparaît complètement dès qu’il rencontre le directeur de la Compagnie (un vieillard !) qui lui offre une nouvelle vie. Tout semble rentrer dans l’ordre lorsqu’il réapparaît sous les traits de Rock Hudson et qu’il commence sa nouvelle vie d’artiste peintre célibataire (portant le nom de Tony Wilson) entouré d’amis branchés. Mais la lune de miel ne dure pas longtemps ...

Tranquillement, Arthur/Tony se met à regretter son ancienne vie, ce que de nombreux critiques n’ont pas compris à l’époque de la sortie du film. "Le film ne réussit pas à expliquer pourquoi Arthur/Tony devient si désenchanté de sa nouvelle vie " pouvait-on lire. Mais a-t-on besoin d’une telle explication ? Il me semble que le message est pourtant bien clair : à quoi cela sert-il de changer notre environnement ou notre corps (via la chirurgie plastique, le gym, etc) quand c’est notre âme qui est malade ! Et puis l’explication est subtilement (trop subtilement peut-être ?) donnée dans le film durant cette superbe scène où Arthur/Tony rend visite à son ex-épouse qui le croit mort. Se faisant passer pour un ex-ami de son "défunt mari", il la questionne à son sujet. Elle lui répond que son ex-mari (Arthur) " a passé sa vie à travailler si dur pour obtenir ce qu’on lui avait appris a desirer que, quand il l'a obtenu, il est devenu de plus en plus confus et triste. En fait, il était mort bien avant qu’il ne meure dans cet incendie."

Cette révélation bouleverse Arthur/Tony, qui comprend soudainement ce qui n’allait pas dans sa première vie (et qui ne va toujours pas dans sa seconde vie). Il en discute avec le directeur de la compagnie :

Tony : - Je sais que je n'avais pas le droit d'entrer en contact avec mon ex-femme, mais il fallait que je comprenne ce qui n'avait pas marché ... Toutes ces années que j'ai perdues à obtenir ces choses que les gens prétendaient être si importantes ... Des choses ! pas des êtres humains ... ou un sens à ma vie ... DES CHOSES !
Directeur : - J'espérais que vous puissiez réaliser votre rêve dans votre nouvelle vie ...
Tony : - Je crois que je n'ai jamais eu de rêve ...
Directeur : - C'est sûrement là que se trouve l'explication ...


Ce triste constat mène à une séquence finale inoubliable de cynisme et de cruauté.

Générique de SECONDS (concu par Saul Bass) dont certaines images seront réutilisées des années plus tard par Martin Scorsese pour le générique de CAPE FEAR :




Citation : Le directeur de la compagnie cherchant à convaincre Arthur du bienfait de l’opération :

Directeur - Vous ne manquerez à personne.
Arthur - Il y a ma femme !
Directeur - Vraiment ? Et qu'êtes-vous à ses yeux maintenant ?
Arthur - (soupir) ... Nous nous entendons ... Sans plus ... mais il y a ma fille.
Directeur - Vraiment ?
Arthur - En fait, nous ne la voyons plus vraiment depuis qu'elle est mariée ...
Directeur - Tout ce que vous énumerez, qu'est-ce que ça représente maintenant ? Rien du tout !
Arthur - (soupir) Je n'y avais jamais réfléchi ...


Bande annonce de SECONDS :

Tuesday, June 22, 2010

THE BOONDOCK SAINTS (1999)


« Il faut trois choses pour faire un bon film : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. »
Jean Gabin

Entièrement d’accord avec cette citation et il semble que ce soit ce que Troy Duffy, obscur barman et musicien/scénariste amateur de Boston, a réussi à écrire en 1997, car son scénario de film (THE BOONDOCK SAINTS), relatant les exploits d'un duo de frères irlandais assoiffés de justice et décrit comme une espèce de « PULP FICTION with soul » suscita un vif intérêt de la part de Harvey Weinstein de Miramax (celui-là même qui avait justement produit le PULP FICTION de Tarantino). Weinstein offrit a Duffy une entente extraordinaire : 300 000 $ pour le scénario de BOONDOCK SAINTS, un budget de 15 millions et la possibilité pour Duffy de réaliser lui-même le film et d’en composer la trame sonore avec son groupe musical. Une entente fantastique, vous pensez ? Du genre qui ne survient qu’une fois dans une vie ? Et qu’aucun jeune réalisateur ne chercherait à bousiller ?

Hé bien c’est pourtant ce qu’a réussi à faire Troy Duffy ! Un documentaire intitulé OVERNIGHT a été réalisé sur les coulisses du tournage du film THE BOONDOCK SAINTS et pourrait servir de leçon à tout jeune réalisateur sur ce qu’il ne faut PAS faire si l’on espère avoir une longue et fructueuse carrière au cinéma.

Première erreur de Duffy : AVANT MÊME D’AVOIR TOURNÉ QUOI QUE CE SOIT, Duffy recrute deux de ses potes pour qu’ils commencent à tourner un documentaire entièrement consacré au génie créatif de Duffy et de son groupe musical qui, comme il le dit dans l’extrait ci-dessous (à 6:18) : “possède plus de potentiel créatif que tout autre groupe dans l’histoire de cette ville. » (!!) (En guise de comparaison, imaginez ce qu’on aurait dit ici si Xavier Dolan avait commencé à tourner un documentaire sur son génie créatif avant même d’avoir tourné une seule scène de son premier film !)



Seconde erreur : il adopte une attitude conflictuelle lors de ses conversations avec les différents producteurs (voir ci-dessous à 6:15), s’attirant les foudres d’une haute gestionnaire de chez Miramax (Meryl Poster). Résultat : Harvey Weinstein laisse tomber le projet. Duffy se retrouve sans producteur et le projet de film est interrompu.



Finalement, une compagnie indépendante, Franchise Film, accepte de financer le film avec une fraction du budget que lui offrait Miramax. Duffy accepte et le tournage commence, mais Duffy continue d’agir avec son équipe de façon outrageuse (ci-dessous, à 7:00).



Autre erreur : Duffy, non satisfait de tourner son premier film, veut profiter de cette opportunité pour lancer la carrière de son groupe musical. Une entente est signée avec Atlantic Records, entente dont bénéficieront potentiellement les membres du groupe mais PAS les deux potes responsables du documentaire, qui ont pourtant mis beaucoup de temps et d’argent dans les projets de Duffy. Dans la scène qui suit, ils tentent tous de s’expliquer mais la rancœur accumulée provoque une engueulade (à 4:00).



Au printemps 1999, BOONDOCK SAINTS est présenté au festival de Cannes. Sur place, Duffy ne peut s’empêcher de pavaner devant la caméra : “Je crois que nous avons réalisé le meilleur film indépendant jamais tourné ! » (à 0:33). Pourtant, AUCUNE offre n’est faite à Duffy pour la distribution de son film. (La présence de Weinstein au festival (voir à 4 :57) y serait-elle pour quelque chose ?)



Duffy est invité à prendre la parole devant un groupe d'étudiants en cinéma. Même dans ce contexte anodin, il adopte une attitude conflictuelle (voir ci-dessous, au tout début de l’extrait).



Finalement, l’album du groupe ne vendra que 690 copies et le film BOONDOCK SAINTS ne sera pas distribué en salles. Comme le dit une femme oeuvrant dans le domaine (à 3:41, extrait précédent) : “Dès que Harvey Weinstein a laissé tombé ce film, aucun studio majeur n’allait oser le reprendre à sa place. Duffy s’est tiré dans le pied, et Weinstein s’est fait un devoir de lui démontrer que de la même façon qu’il a pu le sortir de l’anonymat et lui donner sa chance, il pouvait tout aussi rapidement mettre un terme à sa carrière …”

DANS CE CONTEXTE, (et en gardant à l’esprit que le documentaire a été tourné et monté par deux personnes qui détestent Duffy !), force est d’admirer la détermination dont a fait preuve Duffy tout le long de ce combat entre David et Goliath. Oui, Duffy est baveux, oui, il a une grande gueule et se comporte en « bully », mais reste qu’il a quand même réussi à réaliser comme il le voulait un film qui, depuis sa sortie en DVD, fait l’objet d’un véritable culte, entre autres au Canada et au japon (surtout auprès d’un jeune public qui retrouve dans BOONDOCK SAINTS un film d’action à la Tarantino mais dépourvu des longues scènes de dialogues tarantinesques dont ils ne sont pas nécessairement friands).

En fait, malgré quelques scènes franchement exagérées (la scène où un mec armé jusqu’aux dents tire A BOUT PORTANT sur les trois héros sans jamais vraiment les atteindre ! - Voir extrait ci-dessous) et des emprunts trop évidents à Tarantino (les deux frères qui récitent une prière avant de tuer leurs victimes, comme le faisait Samuel Jackson dans PULP FICTION), BOONDOCK SAINTS demeure un très bon film d’action défilant à un rythme d’enfer et non dépourvu de style (voir la scène géniale ci-dessous où le détective campé par Willem Dafoe relate sa version des faits et se retrouve lui-même en plein milieu de l’action).

"OK, here's what happened ..." (à partir de 2:37)



Dommage pour Troy Duffy, qui n’a même pas été foutu par la suite de profiter du succès inespéré de son film, son contrat n’ayant pas fait de lui l’un des bénéficiaires des profits du film !! Il n’a pas su gérer la chance qui s’offrait à lui … Le documentaire OVERNIGHT se termine par cette citation très pertinente d’Albert Goldman : « Le succès ne change pas vraiment un homme. Le succès a plutôt l’effet d’un sérum de vérité qui révèle la véritable personnalité d’un individu … »

Wednesday, June 2, 2010

IL ETAIT UNE FOIS DANS L'EST (1974)


André Brassard est surtout connu comme homme de théâtre ayant mis en scène la plupart des pièces de l’écrivain et dramaturge Michel Tremblay (Les Belles-Sœurs, La Duchesse de Langeais, Hosanna, Albertine en cinq temps, etc.). Ce qu’on oublie souvent, c’est que ces deux grands maîtres ont déjà uni leurs talents afin de réaliser ce film culte inoubliable qu’est IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’EST (1974).

Synopsis : Quelque part dans l’Est de Montréal, Germaine (Manda Parent), pauvre femme qui n’a « jamais rien gagné de sa vie », remporte un million de timbres GOLD STAR et invite ses amies chez-elle pour fêter ça. Ailleurs, Hosanna (Jean Archambault) prépare avec fébrilité son grand retour sur la scène du bar de travesti le plus hot de la Maine, Pierrette (Michelle Rossignol) boit pour oublier le départ de Johnny, Maurice (Denis Drouin) multiplie les combines pour “faire la piasse”, Hélène (Denis Filiatrault) quitte sa job de waitress, Lise (Frédérique Collin) cherche par tous les moyens à se faire avorter et Sandra (André Montmorency) prépare une cruelle vengeance dont Hosanna sera la victime …

Le film étant un amalgame de plusieurs pièces de théâtre de Michel Tremblay ayant toutes déjà été mises en scène par Brassard (Les Belles-Sœurs, La Duchesse de Langeais, Hosanna), on ne sera pas surpris de constater que la force du film réside dans l’excellente direction d’acteurs qui, dans bien des cas, reprennent ici le rôle qu’ils avaient interprété moult fois au théâtre. Ce qui surprend, c’est le talent de Brassard comme réalisateur, car rappelons qu’il en était là à SON PREMIER FILM ! (Il n’avait avant cela réalisé que le court métrage Françoise Durocher waitress). Force est d’admirer l’audace dont il fit preuve en s’attaquant à un film aux intrigues et aux personnages si nombreux, ce qui complique passablement les choses au moment du montage final, mais Brassard relève le défi avec brio, brossant un tableau fascinant de personnages paumés, désespérés et pas toujours sympathiques, mais qu’il observe sans les juger. Les trois intrigues principales culminent en une apothéose explosive, le film se terminant sur une note tragique.


Hélène la waitress (Denise Filiatrault) rend son tablier à sa facon …



Caméo explosif de Rita Lafontaine qui vole le show le temps d’un plan-séquence pour balancer quelques vérités à sa soeur Carmen (Sophie Clement)



Séquence très (trop ?) théâtrale qui détonne un peu avec le reste du film et qui en révèle les origines.



Ose Hanna ! La Maine se déchaîne ...

Monday, May 31, 2010

BLACK SABBATH - LES TROIS VISAGES DE LA PEUR - I TRE VOLTI DELLA PAURA (1963) de Mario Bava



I’m a BIG Mario Bava fan. He was one of my first heroes. My use of colour is totally stolen from Bava, even though I know I’ll never be as good as him …” Quentin Tarantino

En plus de se déclarer un fan de Mario Bava dans la citation ci-dessus, Tarantino a déjà dit que la structure éclatée de PULP FICTION (et ses nombreuses intrigues entremêlées) lui avait été inspirée par le film d’anthologie BLACK SABBATH/LES TROIS VISAGES DE LA PEUR réalisé par Bava en 1963. « Je voulais faire avec le film noir ce que Bava a fait à cette époque avec le cinéma d’horreur. » dit-il. Noble intention de sa part, quoiqu’il faut préciser que, contrairement à PULP FICTION, les trois récits d’horreur racontés dans BLACK SABBATH/LES TROIS VISAGES DE LA PEUR ne sont pas du tout reliés entre eux et constituent chacun un court métrage en soi.

Le films d’anthologie étaient très populaires dans les années 60, en particulier en Europe, avec des titres comme L’AMOUR A VINGT ANS (1962 - regroupant de courts films de Truffaut, Wajda, Ophuls, etc.), BOCCACCIO 70 (1962 - Sketchs de Fellini, Visconti et De Sica) et, dans le domaine du cinéma fantastique, l’excellent HISTOIRES EXTRAORDINAIRES (1968), comportant trois récits inspirés d’Edgar Allan Poe.

Aux États-unis, des séries d’anthologie comme TWILIGHT ZONE, THE OUTER LIMITS (AU-DELA DU RÉEL), ALFRED HITCHCOCK PRESENTS et THRILLER (cette dernière animée par nul autre que Boris Karloff) connaissaient un grand succès. Il était donc inévitable qu’une compagnie de production de films exploite le filon, et la première à le faire fut l’American International Pictures (AIP) pour laquelle Roger Corman tourna TALES OF TERROR (1962) (comportant trois récits de Poe adaptés par Richard Matheson). AIP suivit ce succès par THE RAVEN (1963) mettant en vedette Vincent Price, Jack Nicholson (alors âgé de 26 ans !) et Boris Karloff. Karloff venait de signer un contrat avec AIP pour tourner avec eux plusieurs films d’horreur, et le succès de TALES OF TERROR amena AIP à songer à répéter l’expérience en recrutant les services du talentueux réalisateur italien Mario Bava (qui avait réalisé la même année l’excellent « giallo » italien THE GIRL WHO KNEW TOO MUCH, que AIP avait distribué aux États-Unis). Karloff fut engagé pour jouer un vampire (la seule fois dans sa carrière) dans l’un des trois récits de BLACK SABBATH (le WURDALAK, les deux autres récits s’intitulant LE TÉLÉPHONE et LA GOUTTE D’EAU) et l’ensemble du film fut tourné aux studios Cinecitta à Rome.

Pour se différencier des autres films d’anthologie de AIP, Bava adapta des récits d’épouvante peu connus dont on ne peut vraiment retracer les origines (quoique LE WURDALAK comporte des éléments du conte LA PEUR de Guy de Maupassant). Comme ce fut souvent le cas a cette époque, une version du film fut tournée en italien par Bava (appelons cela la “director’s cut », qui correspond VRAIMENT à la vision du réalisateur) et une autre fut remontée (nouvelle trame sonore de Les Baxter remplacant celle de Roberto Nicolosi et ajouts d’introductions de chaque récits faites par Boris Karloff) et distribuée aux États-Unis par AIP. Pendant des années, c’est malheureusement cette version tronquée et CENSURÉE qui a été diffusée chez-nous. Heureusement, Anchor Bay a récemment sorti une magnifique copie du film en DVD (ici) offerte en version originale italienne avec sous-titres anglais ! C’est la seule version qui rend vraiment hommage à ce grand classique de l’horreur qu'est BLACK SABBATH

L’histoire la plus mémorable de BLACK SABBATH/LES TROIS VISAGES DE LA PEUR demeure sans doutes LE WURDALAK, mais ce n’est pas tant en raison du récit (Un vieux vampire (Karloff) retourne dans sa famille avec l’intention d’en contaminer chacun des membres) qu'en raison de l’étonnante efficacité de la mise en scène de Bava qui, comme toujours, réussit à accomplir beaucoup avec peu de moyens. Il faut rappeler que Bava était peintre de formation et talenteux directeur photo : dans LE WURDALAK, il parvient à créer, au seul moyen des éclairages et de la couleur, un climat de terreur à la limite du supportable. Jugez-en vous même, en regardant la scène suivante ou, à partir de 2:50, Karloff revient chez-lui après une longue absence, chacun des membres de sa famille se demandant s’il est devenu un vampire :



Scène graphique censurée dans la version américaine du film (ci-dessus, à 8:46) : Karloff, baigné des éclairages oranges et rouges chers à Bava, nous montre ce qu’il cache dans son sac !

Moment de terreur inoubliable : après avoir été kidnappé par son grand-père vampire, le petit Ivan revient à la maison en suppliant sa mère de le laisser entrer (au tout debut de l'extrait).



Pour la première fois dans le cinéma d’horreur (et cinq ans avant NIGHT OF THE LIVING DEAD), le Mal triomphe (a 7:40) !



Dans LA GOUTTE D’EAU, une infirmière vole la bague d’une morte et est hantée par le fantôme de cette dernière. Dans ce récit presqu’entièrement muet, Bava démontre une fois de plus son étonnante capacité à susciter l’angoisse par l’image et les sons (qui sont ici allègrement amplifiés).


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Revirement final italien de IL TELEFONO (voir le contenu de la lettre a 2:55):



Revirement final americain de THE TELEPHONE (voir le contenu completement different de la lettre a 2:15):

Tuesday, May 25, 2010

THE BRIDE OF FRANKENSTEIN (1935)


" I drink to a new world of Gods and Monsters !"
Dr Praetorius dans THE BRIDE OF FRANKENSTEIN

Le cinéaste américain James Whale est surtout connu pour ces films cultes que sont FRANKENSTEIN (1931), THE INVISIBLE MAN (1933) et THE BRIDE OF FRANKENSTEIN (1935), tous des classiques du cinéma fantastique (y compris le toujours introuvable THE OLD DARK HOUSE (1932)).

THE BRIDE OF FRANKENSTEIN demeure son oeuvre la plus achevée et bien qu’étant une espèce de “suite” à son FRANKENSTEIN réalisé quatre ans plus tôt, THE BRIDE OF FRANKENSTEIN est une oeuvre parfaitement autonome et en tous points supérieure au premier film de la série.

Quatre années séparent les deux oeuvres, et c’est peut-être ce qui en explique les différences. A cette époque des débuts du cinéma sonore, qui sait quels avancements technologiques ont pu, en l’espace de quatre années, permettre à Whale d’aller jusqu’au bout de sa vision dans THE BRIDE OF FRANKENSTEIN, mais reste que la différence entre les deux films est frappante : la mise en scène de FRANKENSTEIN est statique et théâtrale (peut-être en raison des contraintes techniques de l’époque ?), alors que celle de THE BRIDE est audacieuse, captivante et caractérisée par une surenchère expressionniste qui impressionne encore aujourd’hui. On n’a qu’a regarder les séquences de “création de monstre” des deux films pour s’en rendre compte : celle de FRANKENSTEIN (un long plan séquence nous montre la plateforme monter et descendre, a partir de 2:22) :




Et celle de THE BRIDE OF FRANKENSTEIN (a partir de 4:30) : délirante cacophonie sonore et visuelle appuyée par un montage nerveux et efficace.



Apres le succès du premier FRANKENSTEIN, Whale a obtenu carte blanche pour faire ce qu’il voulait dans THE BRIDE OF FRANKENSTEIN. Il en a profité pour injecter au film une bonne dose d’humour noir (ce qui faisait terriblement défaut au premier film) par le biais du personnage passablement excentrique du Docteur Praetorius, individu capable de prendre un copieux repas dans une crypte remplie de morts et d’ossements humains (voir ci-dessous, a partir de 6:43) :



Il se permet aussi cette séquence qui n’avance en rien le récit mais qui constitue un amusant intermède comique, alors que Praetorius montre à Henry Frankenstein où il en est lui-même rendu en matière de “création de la vie” (a partir de 1:00) :



Plus que jamais, Whale nous présente le monstre comme un martyr victime de l’ignorance des gens qui l’entourent. Dans la scène inoubliable qui suit (a partir de 6:00), le monstre trouve un peu de répit et de compassion auprès d’un vieil aveugle :



La femme de Frankenstein n’apparaît qu’à la toute fin du film. Le maquillage créé par Jack Pierce est génial et a fait de cette créature une icône du cinéma fantastique (malgré que ce n’ait été là que sa seule (et très brève) apparition à l’écran): l’actrice Elsa Lanchester, sous la direction de Whale, lui donne vie à coups de grognements, de mouvements saccadés de la tête, et de cris stridents qu’elle pousse lorsque le monstre lui touche la main (ci-dessous, a partir de 1:40) : rejet ultime d’un monstre face à un autre, qui mènera au geste final auto-destructeur et libérateur.



Jean-Marie Sabatier, critique de cinéma francais, décrit mieux que je ne saurais le faire l’impact de l’apparition à l’écran d’Elsa lanchester dans le rôle de la Femme de Frankenstein : “1935, c’est la naissance et la mort d’Elsa Lanchester : elle disparait, et elle n’est plus que la Femme de Frankenstein, l’espace d’une brève apparition, fulgurante, inoubliable, défiant l’abime des possibles, bravant le temps et la mémoire … et il suffit d’un cri pour la précipiter dans le Néant, pour la rendre à la nuit d’où elle a surgi …”

Tout cinéphile ayant apprécié l'oeuvre de James Whale visionnera avec plaisir l'excellent film GODS AND MONSTERS (1998) de Bill Condon, relatant les dernières années tourmentées de ce cinéaste exceptionnel (interprété par Ian McKellen).

Tuesday, April 27, 2010

NIGHT OF THE LIVING DEAD (1968)



"Le silence dans la salle était total. Le film avait cessé d'être joyeusement épeurant, et il était devenu carrément terrifiant. Près de moi, une jeune spectatrice âgée d'environ 9 ans était immobile dans son siège et pleurait ..." Roger Ebert

George Romero, le réalisateur de NIGHT OF THE LIVING DEAD, premier film de la célèbre franchise des films de morts-vivants et jalon important dans l'histoire du cinéma d'horreur, n'avait jamais prévu de faire carrière à Hollywood. En 1968, Romero roulait déjà très bien sa bosse depuis des années à Pittsburgh comme réalisateur de films industriels et de commerciaux pour la télé. Dix ans plus tôt, il avait eu la chance de travailler comme machiniste sur le plateau de NORTH BY NORTHWEST de Hitchcock et qui sait si cette expérience n'a pas fait germer en lui l'idée de tourner un jour son propre film de fiction ? Reste qu'en 1968, ayant accès à tout l'équipement nécessaire pour mener à bien une telle entreprise, il écrivit une ébauche du scénario de ce qui allait devenir NIGHT OF THE LIVING DEAD.

Romero était depuis toujours un grand admirateur des fameuses bandes dessinées d'horreur E.C. Comics, éventuellement bannies aux Etats-unis en raison de leur contenu ultra-violent (Il leur rendra un vibrant hommage dans son film CREEPSHOW en 1982). Ce n'est donc pas un hasard si la trame de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS rappelle celle de nombreux TALES FROM THE CRYPT des E.C. Comics : un groupe de gens ordinaires font face à une menace horrible contre laquelle ils ne peuvent rien.

Romero réussit à convaincre une dizaine de ses amis à investir 600$ chacun dans son projet de film, recruta des acteurs amateurs parmi sa propre compagnie de production, trouva une maison pratiquement abandonnée et y tourna son film en une trentaine de jours (répartis sur neuf mois !). Le film une fois terminé, Romero se dépêcha d'en apporter une copie à Columbia Pictures, qui décidèrent qu'ils n'étaient pas intéressés à distribuer un film en noir et blanc. Il alla alors frapper à la porte des studios American International Pictures (qui produisaient depuis des années des films d'horreur à petit budget comme I WAS A TEENAGE WEREWOLF, ATTACK OF THE FIFTY-FOOT WOMAN, I MARRIED A MONSTER FROM OUTER SPACE, etc.) et ceux-ci lui demandèrent de modifier la fin de son film afin de le rendre moins pessimiste. Romero refusa. C'est finalement la compagnie Walter Reade (propriétaire de nombreuses salles de cinéma aux Etats-Unis) qui osa distribuer le film de Romero. Le succès ne fut pas instantané, mais des critiques comme celles de Roger Ebert (ici) contribuèrent à faire connaitre le film (même si c'était pour en condamner les excès !). Le bouche à oreille fit le reste, et NIGHT OF THE LIVING DEAD devint non seulement un très populaire "film de minuit" qui tint l'affiche pendant DEUX ANNEES à New York, mais reussit même l'exploit d'être présenté au Musée d'art moderne de NY !!

Pourtant, le film est LOIN d'être parfait et comporte d'irritantes erreurs techniques (faux raccords, post-synchro défaillante, séquences de nuit ou apparait la lumiere du jour, etc) qui rappellent les productions minables du fameux Ed Wood (réalisateur du navet culte PLAN 9 FROM OUTER SPACE). Comment alors en expliquer le succès ? Dans sa critique du film, Roger Ebert donne des éléments de réponse. Il faut d'abord préciser qu'il a vu le film en 1969 dans une salle ou se trouvaient des enfants laissés à eux-mêmes par des parents incroyablement insouciants ! Au tout début, comme le raconte Ebert, la salle semblait apprécier les "spooky thrills" ("amusants frissons") des premières minutes du film, alors que Barbara (Judith O'Dea) est poursuivie par un mort-vivant dans un cimetière :



Elle se cache dans une maison abandonnée, puis fait la rencontre de Ben (Duane jones), qui barricade la maison. Comme le raconte Ebert, le film devient alors "dull and talky" (ennuyant et bourré de dialogues). C'est le moment du film durant lequel on est en mesure de remarquer ses nombreux défauts :

Par exemple, dans l'extrait suivant, à 2:17 exactement, vous pouvez apercevoir juste derrière l'actrice un des poteaux (et le fil électrique) sur lequel repose l'équipement d'éclairage !



Cas classique ici de mauvais raccord dû au non-respect de l'axe qu'il ne faut pas traverser avec la caméra lorsque l'on filme une conversation entre deux personnages. L'effet est particulièrement déstabilisant à partir de 3:00 : elle le regarde dans les yeux comme si elle était assise à sa droite, mais le plan suivant, il se tourne vers elle comme si elle était à sa gauche !! ;)



Ici, à 3:45, la lumière du jour surgit ... en pleine scène nocturne !!!



On cesse toutefois de remarquer les défauts du film lorsqu'il bascule soudainement dans l'horreur absolue dans la scène ci-dessous, où les morts-vivants se battent entre eux afin de dévorer les restes calcinés du jeune couple d'amoureux (à partir de 1:25) ! Romero a l'intelligence ici de laisser tomber la musique "en canne" entendue depuis le début du film. Il la remplace par une tonalité électronique terriblement efficace. Les gros plans se succèdent, les sons de mastication sont amplifiés, les zombies se délectent d'intestins, de foie et de chair humaine et on fait allègrement éclater un des derniers tabous au cinéma : le cannibalisme. On comprend alors ce qu'Ebert voulait dire lorsqu'il décrivait la réaction des pauvres enfants en état de choc devant un tel spectacle !



A partir de ce moment, le spectateur n'a d'autre choix que d'embarquer complètement (ou de quitter la salle !) et de devenir témoin d'un véritable cauchemar où rien ne se déroulera comme il l'aurait prévu (surtout pour les spectateurs de l'époque, habitués jusqu'alors à voir les héros toujours triompher du mal). Le revirement final, particulièrement pessimiste et ironique, demeure encore aujourd'hui très audacieux.

Les critiques de l'époque s'amusèrent à voir dans le film une métaphore de l'Amérique de 1968 qui "se dévore elle-même en raisons des tensions suscitées par la guerre du Viet-Nam et l'émancipation des noirs" (puisque le héros du film est un noir), ce qui a toujours fait rire Romero. Il rappelle à tous que l'acteur noir Duane Jones a été choisi non pas en raison de la couleur de sa peau, mais simplement parce qu'il avait été le meilleur durant les auditions.

Le succès du film fut tel que Romero a pu par la suite obtenir facilement tout le financement désiré pour tourner de nombreuses suites au film (dont l'excellent DAWN OF THE DEAD (1978) qui a fait l'objet d'un remake en 2004 réalisé par Zack Snyder (réalisateur de 300). Le film culte de Romero THE CRAZIES (1972) a lui aussi récemment fait l'objet d'un excellent remake.

Pour ce qui est de NIGHT OF THE LIVING DEAD, recherchez la version DVD distribuée par ELITE Entertainment (ici), qui nous offre ENFIN une version du film d'une étonnante qualité visuelle ! Je dis cela parce que NIGHT OF THE LIVING DEAD n'a longtemps été disponible que dans la version floue que vous pouvez voir dans les extraits ci-dessus (pris sur Youtube). Ce grand classique de l'horreur reçoit enfin le traitement qu'il mérite.