Monday, December 13, 2010

LE MARTIEN DE NOEL (1971)



C'est la saison des fêtes, synonyme du retour à la télé des sempiternels grands classiques de Noël qui peuvent être drôles (Le sapin a des boules) ou moins drôles (The Santa Clause). Les livres CULT MOVIES mentionnent quelques films de Noël qui, avec le temps, sont devenus des films cultes, comme les classiques It’s a Wonderful Life (1946 avec James Stewart) et Miracle on 34th street (avec Nathalie Wood), ou le moins connu mais excellent A Christmas Story (1983, de Bob Clark) et le très psychotronique Santa Claus conquers the Martians (1964 avec Pia Zadora). Dans le genre, le Québec n’est pas en reste car en 1971, des années avant que Rock Demers ne produise son premier «Contes pour tous» (La Guerre des Tuques en 1984), il nous offrait, en collaboration avec Roch Carrier, l’excellent conte pour enfant LE MARTIEN DE NOËL réalisé par Bernard Gosselin et mettant en vedette Paul Hébert, Paul Berval, Guy L’Écuyer et Marcel Sabourin dans le rôle du martien.

Synopsis : Dans le village de Ste-Melanie, pres de Joliette, deux enfants découvrent une soucoupe volante habitée par un mystérieux martien qui devient vite leur ami, avant de retourner chez lui.

Points forts : Ce film est un peu l’ancêtre du E.T. de Spielberg et on y retrouve des similarités étonnantes : dans les deux cas, les enfants sont longtemps les seuls à connaître l'existence du martien et évitent d’en parler aux adultes; dans le film de Spielberg, E.T. bouffait des Reeses’s Pieces, alors qu’ici, le martien bouffe des Smarties et en offre aux enfants jusqu’à ce qu’ils en soient littéralement recouverts (voir l'extrait ci-dessous) ! ... et je trouve que la séquence où un des enfants frotte une allumette géante qui, une fois allumée, la transporte dans le ciel constitue un moment aussi réussi que la séquence de la bicyclette qui s’envole avec les enfants dans E.T. (voir extraits YOUTUBE ci-dessous).

Le martien de Noel (V.F.)




Autres aspect intéressants : Apparition caméo de Reine Malo en annonceuse radio au tout début du film ! Étonnant de voir aussi des scènes ou des enfants d'à peine 12 ans volent un ski-doo qui ne leur appartient pas !! (Mais, bon, c'est pour une bonne cause !)

Réplique mémorable : Guy L'Ecuyer racontant ce qu'il a vu la veille : "J'ai vu un oeuf gros comme un avion se poser dans le village ! Pis la poule qui l'a pondu entre pas dans mon poulailler !"

Friday, October 22, 2010

L'EAU CHAUDE, L'EAU FRETTE (1976)


André Forcier pris sur le vif lors du tournage du film LE VENT DU WYOMING (1994 - avec ici le directeur photo Georges Dufaux).


Surprise cette semaine : mon “sitemeter” (indicateur du nombre et de la provenance des visiteurs sur ce blogue), que je n’avais pas consulté depuis longtemps, m’apprend que ce blogue est maintenant majoritairement visité par des cinéphiles de la France (4 fois plus nombreux que les lecteurs du Québec, d'où il est pourtant rédigé !). Viennent ensuite les lecteurs du Québec, puis ceux de la Belgique (ce qui me rappelle qu’il faudrait bien que je parle un jour de l’excellent film culte belge C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS !). Autre fait surprenant : les articles les plus visités sont ceux consacrés au film culte québécois LA POMME, LA QUEUE ET LES PEPINS (sans doute parce que c’est un film pratiquement impossible à trouver, même au Québec), au film KISS ME DEADLY (hmmm ? Amateurs de Nouvelle Vague ?) et, en première position, l'article sur la série L’ODYSSÉE (Alors la vraiment je suis bouche bée ! Pourquoi tant d’intérêt pour cette série obscure ?). Intéressant tout ca ! Ca permet de réajuster le tir …

J'en profite donc pour parler cette semaine d'un réalisateur québécois culte, André Forcier, dont les films ont presque tous atteint le statut de films cultes au Québec mais ont peu circulé en France (moins, en tout cas, que ceux d'un Denys Arcand ou d'un Xavier Dolan). Lors de son récent passage à l'émission TOUT LE MONDE EN PARLE, le journaliste Louis-Bernard Robitaille, auteur du livre La conquête de Paris : la saga des artistes québécois en France, a comparé André Forcier à un Fellini ou un Kusturica, déclarant que les films de Forcier ne marchaient pas en France en raison de la langue qui y était parlée (joual québécois), précisant que les versions traduites ou sous-titrées de ses films avaient très bien marché dans des pays comme l'Allemagne ou l'Argentine.

Je me ferai plaisir en choisissant le film de Forcier que j'aime le plus, c'est-à-dire L'EAU CHAUDE, L'EAU FRETTE sorti en 1976.

Synopsis : C'est l'anniversaire de Polo (Jean Lapointe), propriétaire véreux d'un édifice à logements coin Rachel et St-Denis à Montréal. Polo fait de l'argent en louant des chambres à une panoplie de paumés de la pire espèce (la vieille Mlle Vanasse (Anne-Marie Ducharme) qui cherche à séduire le vieux M. Croteau (Albert Payette) en charge d'organiser la fête de Polo, la belle Carmen (Sophie Clément) qui habite avec sa jeune fille Francine (Louise Gagnon) malade du coeur et très délurée..., etc.). Polo fait aussi du prêt usurier auprès de désespérés dont il profite sans scrupules. S'ajoutent à cette faune bigarrée Ti-Guy (Rejean Audet), jeune délinquant et copain de Francine et surtout Julien le livreur (excellent Jean-Pierre Bergeron), amoureux transi de Carmen mais trop timide pour le lui déclarer. Incapable de voir Carmen s'attacher de plus en plus à Polo, Julien prépare une vengeance qu'il compte assouvir le soir de l'anniversaire de ce dernier ...


Si je préfère L'EAU CHAUDE L'EAU FRETTE aux autres films de Forcier, c'est probablement parce qu'il est plus ancré dans la réalité que tous ses autres films auxquels on a souvent reproché leur côté trop "surréaliste" (AU CLAIR DE LA LUNE), ou trop peuplé de personnages tellement déjantés et excentriques qu'ils rendent difficile toute identification de la part du spectateur (ex : LA COMTESSE DE BATON ROUGE, LE VENT DU WYOMING). L'EAU CHAUDE L'EAU FRETTE, au contraire, nous plonge de façon souvent très crue dans la triste réalité de personnages misérables et criant de vérité qui tentent tant bien que mal de trouver le bonheur malgré les épreuves que la vie leur a balancé (le handicap de Francine) et les limites imposées par leur condition sociale (Carmen, sans le sou, est réduite par Polo à payer son loyer "en nature »).

Bizarrement, le film de Forcier me rappelle un peu le film AFFREUX SALES ET MÉCHANTS d'Ettore Scola (sorti la même année) puisqu'on trace dans les deux cas le portrait d'une famille (réelle dans le film de Scola, composée de locataires dans celui de Forcier) où tout gravite autour du personnage qui détient le pouvoir suprême, c'est-à-dire l'argent (argent caché et que l'on essaie maladivement de trouver dans le film de Scola ou argent que l'on doit emprunter ou remettre à Polo dans le film de Forcier). Or là où Scola traçait un portrait dégradant de personnages sans scrupules et prêts à tout pour mettre la main sur de l'argent (même à tuer leur père !), Forcier, lui, met en scène des personnages qui, bien que misérables, n'en perdent pas pour autant leur humanité et parviennent à s'accrocher à des moments de bonheur passager qui suffiront, un temps, à les réconforter : Julien le livreur qui réussit enfin à convaincre Carmen à faire un tour avec lui sur son sidecar, M. Croteau qui, durant la fête, s'entête à réciter des poèmes devant un public hostile (- Mes amis, mes amis ! - On n'est pas tes amis ! ), la vieille dame (Mlle Vanasse) qui tente désespérément de séduire M. Croteau (- Croyez-vous que je devrais me donner à lui ?) et Francoise, la propriétaire du Snack Bar, qui bouffe constamment les chocolats qu'elle vend et qui, après la fête, remplit sa sacoche avec les restes de bouffe et part avec la tête de cochon sous le bras !! (voir extrait ci-dessous). Chacun trouve son bonheur là ou il le peut …



Forcier injecte une bonne dose d’humour au film (il faut voir Julien utiliser le pacemaker de Francine pour "booster" le moteur de son sidecar !) et fait une courte apparition caméo en client du snack bar accompagné de Carole Laure. On appréciera aussi la scène suivante durant laquelle Francine s'enferme dans une chambre et ou chacun des personnages essaie à sa facon de la convaincre de sortir :



Côté mise en scène, on peut apercevoir durant la scène de la fête de Polo la future chroniqueuse artistique Francine Grimaldi (!) qui reprend un peu le rôle de fille facile qu'elle interprétait dans LA POMME, LA QUEUE ET LES PEPINS ....

BONUS : Images prises sur le vif du tournage du film LE VENT DU WYOMING par l'auteur de ce blogue qui est tombé par hasard sur Forcier et son équipe à l'oeuvre près de la rue Peel à Montréal (Hiver 1994). Forcier (au centre, avec tuque et écouteurs) tentait avec humour de contrôler le chaos inhérent à un tournage extérieur et sa bonne humeur était contagieuse.



Thursday, September 23, 2010

THE SILENT PARTNER (1978)



En 2007, Lions Gate a fait plaisir à de nombreux cinéphiles en offrant ENFIN en DVD une version potable du film canadien THE SILENT PARTNER, thriller culte des années 70s dont le scénario fort habile (gracieuseté de Curtis Hanson, alors à ses débuts, qui adapte ici un roman danois de Anders Bodelsen) n'est pas sans rappeler le CHARLEY VARRICK de Don Siegel (ici).

Synopsis : Miles Cullen (Elliot Gould) est un employé de banque timide et célibataire dont la vie routinière aurait besoin d'une bonne dose d'adrénaline. Cette dose lui tombe du ciel sous la forme de Harry Reikle, (Christopher Plummer, dans un contre emploi étonnant), voleur particulièrement sadique qui braque sa banque et réussit à prendre la fuite avec $ 2 000 dollars. Le hic, c'est que les journaux parlent le lendemain d'un vol de plus de $ 50 000 dollars ! C'est que Miles avait prévu le coup et s'est arrangé pour que la plus grande partie du magot "volé" se retrouve en fait dans un coffre bancaire personnel dont lui seul possède la clef ! Plan ingénieux et apparemment sans failles, si ce n'était de l'entêtement de Reikle qui est prêt à tout pour mettre la main sur l'argent qui lui a été si habilement subtilisé par Miles. Commence alors un dangereux jeu de chat et de souris entre les deux "partenaires", Miles se révélant un adversaire aussi redoutable que Reikle ...

Sur la couverture des livres CULT MOVIES de Danny Peary, ce dernier décrit les films cultes à l'aide de quatre qualificatifs : THE CLASSICS (les classiques), THE SLEEPERS (les films qui sont passés inaperçus), THE WEIRD (les films étranges) et THE WONDERFUL (les films merveilleux). Je crois qu'aucun film ne définit mieux le concept de "sleeper film" que THE SILENT PARTNER, film canadien qui, à sa sortie en 1978, est passé complètement inaperçu (malgré d'excellentes critiques, dont celle de Roger Ebert, ici) mais qui, au fil des années, a tranquillement trouvé son public (voir tous les commentaires élogieux sur le site imbd).

Pas surprenant, remarquez, puisque le film bénéficie d'un scénario bien ficelé qui ne comprend pas d'incohérences flagrantes, ce qui est trop souvent le cas dans ces "thrillers" modernes trop axés sur l'action et la surenchère d'effets spéciaux au détriment de la logique. Dans THE SILENT PARTNER, tout se tient et les personnages agissent probablement de la même façon que le ferait le spectateur moyen. L'effet est accru du fait que le protagoniste principal (Elliot Gould) est un Monsieur-tout-le-monde anonyme avec lequel il est facile de s'identifier et qui se retrouve tout d'un coup impliqué dans des évènements extraordinaires dont il parvient ingénieusement à tirer profit. (Intéressant débat moral et éthique ici, puisqu'on se retrouve à vouloir le voir triompher alors qu'il est en fait lui-même un voleur (comme dans CHARLEY VARRICK) ! Ce genre de personnage à la morale "élastique" reviendra souvent dans les autres films de Curtis Hanson (L.A. CONFIDENTIAL, BAD INFLUENCE, etc..).

Autres éléments intéressants : le film ayant été financé par le programme de crédits d'impôt canadien, on y retrouve des éléments typiquement canadiens qui peuvent faire sourire aujourd'hui (tournage principalement effectué au Centre Eaton de Toronto, drapeau canadien visible dans plusieurs séquences, excellente trame sonore du jazzman canadien Oscar Peterson (!), et présence dans les rôles secondaires d'un très jeune John Candy (rôle presque muet) et de la superbe actrice québécoise Céline Lomez dont le personnage connaît une fin particulièrement atroce (voir extrait ci-dessous).

Le succès du film repose essentiellement sur le duel d'acteur Gould/Plummer, les deux offrant des performances inoubliables, Gould étant moins maniéré qu'à l'habitude et Plummer composant un personnage de psychopathe tout à fait crédible et terrifiant. On appréciera entre autres la scène où Plummer, dont on n'aperçoit que les yeux à travers la fente de la porte de l'appartement de Gould, prévient ce dernier qu'il ne reculera devant rien pour atteindre son objectif.

Tout apprenti scénariste pourrait tirer des leçons de ce film sur la façon de créer des personnages secondaires intéressants : le personnage joué par Susannah York, entre autres, en est un bel exemple. Elle n'apporte rien au développement de l'intrigue (sinon qu'un "love interest" vite oublié dès qu'apparaît le personnage de Céline Lomez) MAIS Hanson en fait quand même un personnage crédible de dépendante affective complètement paumée qui couche avec son patron marié tout en démontrant un intérêt marqué pour le mystérieux Miles. Ce dernier, à mesure qu'il déjoue les pièges de Plummer, devient de moins en moins timide et de plus en plus audacieux, son personnage faisant ainsi montre d'une réelle évolution psychologique tout le long du film. Le film est rempli de moments qui n'avancent nullement l'intrigue mais qui mettent à jour des aspects amusants de certains personnages

Bref, un film remarquable à tous points de vue, plein de revirements inattendus et que l'on peut maintenant redécouvrir en DVD (malgré une pochette plutôt mal foutue qui n'a rien à voir avec le film et sur laquelle on retrouve une grossière erreur ! (Ils ont écrit Suzanne York au lieu de Suzannah York !! Faut le faire quand même ! Voir pochette ici).

Avertissement : bizarrement, le film comporte une scène gore qui détonne complètement avec le reste du film et qui risque de choquer certaines âmes sensibles (voir ci-dessous la scène où Christopher Plummer tue Céline Lomez d'une façon horrible !

Thursday, September 2, 2010

TWO-LANE BLACKTOP/THE VANISHING POINT (1971)



" If I'm not grounded pretty soon, I'm gonna go into orbit ..." Warren Oates dans TWO-LANE BLACKTOP

De nombreux films cultes le deviennent en raison du mystère/légendes urbaines qui circulent à leur sujet (ex : Comment David Lynch a-t-il réalisé les effets spéciaux du bébé-monstre de ERASERHEAD (secret qu’il n’a encore jamais dévoilé) ? etc.).

D’autres le deviennent parce qu’ils sortent en salles à un moment formidablement opportun et que toute une génération de spectateurs s’identifient allègrement aux personnages principaux (on pense tout de suite à EASY RIDER ou à THE GRADUATE, à la fois films cultes ET grands succès commerciaux de la fin des années 60). Dans la même veine et à la même époque, on retrouve aussi ces deux films cultes existentialistes moins connus que sont VANISHING POINT (1971) (v.f. POINT LIMITE ZERO) et TWO-LANE BLACKTOP (1971) (v.f. MACADAM A DEUX VOIES), véritables hommages au culte que vouent les américains à l’automobile.


Synopsis : Dans VANISHING POINT, un vétéran du Vietnam appelé Kowalski (Barry Newman) décide sur un coup de tête qu'il va conduire sa Dodge Challenger 1970 de Denver à San Francisco en un temps record, faisant fi des lois et de la police qui est vite à ses trousses. Sur la route, il rencontre divers représentants de la contre-culture hippie de l'époque qui, d'une manière ou d'une autre, lui viennent en aide, le tout au son d'une excellente trame sonore des années 70s. TWO-LANE BLACKTOP est un film à l'image de ses deux protagonistes : peu bavard et dénué d'émotion. En fait, on pousse la symbolique existentialiste jusqu'à ne pas donner de noms aux personnages principaux ! Ainsi, le Conducteur (le chanteur James Taylor) et le Mécanicien (Dennis Wilson, ex-batteur des Beach Boys) ne vivent que pour rafistoler leur Chevrolet 55 et participer à des courses de hot-rods. Sur la route, ils rencontrent l'excentrique et verbomoteur Warren Oates au volant de sa GTO. Ce dernier leur propose une course à laquelle ils participent sans grand enthousiaste, jusqu'à ce qu'ils y perdent tout intérêt et qu'ils retournent à leur seule et véritable passion : les courses de hot-rods.

Points forts : VANISHING POINT possède quelque chose qui fait terriblement défaut à TWO-LANE BLACKTOP, soit une trame sonore entraînante faite de grands succès de l'époque (on les retrouve presque tous sur YOUTUBE). Et puis il est beaucoup plus facile de s'identifier au sympathique rebelle qu’est le Kowalski de VANISHING POINT qu'aux deux anonymes protagonistes de TWO-LANE BLACKTOP qui vivent dans leur bulle et se foutent complètement des gens qu'ils rencontrent sur la route (dont une jeune hippie (la Fille) qui entre et sort de leur voiture au gré de ses humeurs et à laquelle ils ne prêtent aucune attention). Je comprends que le réalisateur Monty Hellman cherchait à illustrer le vide existentiel de ces deux fous de la vitesse, mais si ce n'était de la vibrante performance de Warren Oates en conducteur complètement déjanté, ce film serait d'un ennui Antonioniesque . Dommage que le réalisateur ait choisi au montage de retirer les scènes qui nous en apprenaient plus sur les motivations des personnages (comme il l'avoue dans le commentaire qui accompagne le film). La version CRITERION du film offre un livret comportant l'excellent scénario original complet qui nous donne une meilleure idée de ce que ce film aurait pu être ...
VANISHING POINT bénéficie entre autres du travail du talentueux directeur photo John A. Alonzo, dont les superbes images donnent carrément le goût d'aller se perdre en voiture sur les routes désertiques du Névada. Et, malgré ses défauts, TWO-LANE BLACKTOP comporte une des finales les plus hallucinantes (pour ne pas dire complètement pétée et psychédélique) qui soit, donnant tout son sens à ce qu'on appelait à l'époque un HEAD Movie, soit un film à voir sous l'effet de substances illicites ... (voir extrait ci-dessous). Et puis il y a la performance exceptionnelle de Warren Oates, qui porte le film sur ses épaules ... « Those satisfactions are permanent ! »


Citation : TWOLANE BLACKTOP : Warren Oates, exprimant sa quête existentielle comme lui seul peut le faire :
« If I'm not grounded pretty soon, I'm gonna go into orbit ! »
(Si je ne me pose pas quelque part bientôt, je vais partir en orbite !)


Une des nombreuses pieces musicales de VANISHING POINT disponible sur YOUTUBE :



Warren Oates (TWO-LANE BLACKTOP) : " Just colour me gone, Baby !" (3:44)



Finale psychedelique de TWO-LANE BLACKTOP (vers 3:12): "Those satisfactions are permanent ..."

Tuesday, July 27, 2010

SECONDS (1966)




Recommencer votre vie à zéro, dans un environnement différent, dans un CORPS différent, ça vous dirait ? Et que seriez-vous prêt à sacrifier pour cette seconde chance ? C’est le genre de question que pose le film culte SECONDS de John Frankenheimer.


Synopsis : Arthur Hamilton (John Randolph) est un banquier de 50 ans qui semble tout avoir pour être heureux : belle situation, demeure cossue, épouse attentionnée, fille bien mariée, etc. Mais les premières images du film nous le montre pourtant triste, déprimé et incapable de faire l’amour avec sa femme tellement leur relation est devenue routinière. C’est pourquoi il ne peut résister à l’offre qui lui est faite par " la Compagnie ", une organisation qui, moyennant une forte somme d’argent, propose à Arthur de simuler sa propre mort (via un incendie rendant son "cadavre" méconnaissable) pour le faire renaître (via la chirurgie plastique) à une toute nouvelle vie et dans un nouveau corps (Rock Hudson). Mais pourra-t-il enfin trouver le bonheur ?


Points forts : Il faut reconnaître le courage de Frankenheimer d’avoir osé porter à l’écran un récit si déprimant et peu commercial, et de l’avoir fait de façon aussi captivante. Le ton est donné dès le générique d’ouverture : partition musicale d’épouvante (à l’orgue d’église) de Jerry Goldsmith, images distortionnées, abondance (surabondance ?) de caméra à l’épaule (et même, des années avant Aronofsky, recours à la snorricam (caméra attachée sur l’acteur) pour provoquer cet effet de flottement si déstabilisant), bref, tout l’aspect visuel et sonore du film illustre à merveille le vide intérieur du personnage principal et sa sensation d’isolement face au monde qui l’entoure. Sensation qui disparaît complètement dès qu’il rencontre le directeur de la Compagnie (un vieillard !) qui lui offre une nouvelle vie. Tout semble rentrer dans l’ordre lorsqu’il réapparaît sous les traits de Rock Hudson et qu’il commence sa nouvelle vie d’artiste peintre célibataire (portant le nom de Tony Wilson) entouré d’amis branchés. Mais la lune de miel ne dure pas longtemps ...

Tranquillement, Arthur/Tony se met à regretter son ancienne vie, ce que de nombreux critiques n’ont pas compris à l’époque de la sortie du film. "Le film ne réussit pas à expliquer pourquoi Arthur/Tony devient si désenchanté de sa nouvelle vie " pouvait-on lire. Mais a-t-on besoin d’une telle explication ? Il me semble que le message est pourtant bien clair : à quoi cela sert-il de changer notre environnement ou notre corps (via la chirurgie plastique, le gym, etc) quand c’est notre âme qui est malade ! Et puis l’explication est subtilement (trop subtilement peut-être ?) donnée dans le film durant cette superbe scène où Arthur/Tony rend visite à son ex-épouse qui le croit mort. Se faisant passer pour un ex-ami de son "défunt mari", il la questionne à son sujet. Elle lui répond que son ex-mari (Arthur) " a passé sa vie à travailler si dur pour obtenir ce qu’on lui avait appris a desirer que, quand il l'a obtenu, il est devenu de plus en plus confus et triste. En fait, il était mort bien avant qu’il ne meure dans cet incendie."

Cette révélation bouleverse Arthur/Tony, qui comprend soudainement ce qui n’allait pas dans sa première vie (et qui ne va toujours pas dans sa seconde vie). Il en discute avec le directeur de la compagnie :

Tony : - Je sais que je n'avais pas le droit d'entrer en contact avec mon ex-femme, mais il fallait que je comprenne ce qui n'avait pas marché ... Toutes ces années que j'ai perdues à obtenir ces choses que les gens prétendaient être si importantes ... Des choses ! pas des êtres humains ... ou un sens à ma vie ... DES CHOSES !
Directeur : - J'espérais que vous puissiez réaliser votre rêve dans votre nouvelle vie ...
Tony : - Je crois que je n'ai jamais eu de rêve ...
Directeur : - C'est sûrement là que se trouve l'explication ...


Ce triste constat mène à une séquence finale inoubliable de cynisme et de cruauté.

Générique de SECONDS (concu par Saul Bass) dont certaines images seront réutilisées des années plus tard par Martin Scorsese pour le générique de CAPE FEAR :




Citation : Le directeur de la compagnie cherchant à convaincre Arthur du bienfait de l’opération :

Directeur - Vous ne manquerez à personne.
Arthur - Il y a ma femme !
Directeur - Vraiment ? Et qu'êtes-vous à ses yeux maintenant ?
Arthur - (soupir) ... Nous nous entendons ... Sans plus ... mais il y a ma fille.
Directeur - Vraiment ?
Arthur - En fait, nous ne la voyons plus vraiment depuis qu'elle est mariée ...
Directeur - Tout ce que vous énumerez, qu'est-ce que ça représente maintenant ? Rien du tout !
Arthur - (soupir) Je n'y avais jamais réfléchi ...


Bande annonce de SECONDS :

Tuesday, June 22, 2010

THE BOONDOCK SAINTS (1999)


« Il faut trois choses pour faire un bon film : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. »
Jean Gabin

Entièrement d’accord avec cette citation et il semble que ce soit ce que Troy Duffy, obscur barman et musicien/scénariste amateur de Boston, a réussi à écrire en 1997, car son scénario de film (THE BOONDOCK SAINTS), relatant les exploits d'un duo de frères irlandais assoiffés de justice et décrit comme une espèce de « PULP FICTION with soul » suscita un vif intérêt de la part de Harvey Weinstein de Miramax (celui-là même qui avait justement produit le PULP FICTION de Tarantino). Weinstein offrit a Duffy une entente extraordinaire : 300 000 $ pour le scénario de BOONDOCK SAINTS, un budget de 15 millions et la possibilité pour Duffy de réaliser lui-même le film et d’en composer la trame sonore avec son groupe musical. Une entente fantastique, vous pensez ? Du genre qui ne survient qu’une fois dans une vie ? Et qu’aucun jeune réalisateur ne chercherait à bousiller ?

Hé bien c’est pourtant ce qu’a réussi à faire Troy Duffy ! Un documentaire intitulé OVERNIGHT a été réalisé sur les coulisses du tournage du film THE BOONDOCK SAINTS et pourrait servir de leçon à tout jeune réalisateur sur ce qu’il ne faut PAS faire si l’on espère avoir une longue et fructueuse carrière au cinéma.

Première erreur de Duffy : AVANT MÊME D’AVOIR TOURNÉ QUOI QUE CE SOIT, Duffy recrute deux de ses potes pour qu’ils commencent à tourner un documentaire entièrement consacré au génie créatif de Duffy et de son groupe musical qui, comme il le dit dans l’extrait ci-dessous (à 6:18) : “possède plus de potentiel créatif que tout autre groupe dans l’histoire de cette ville. » (!!) (En guise de comparaison, imaginez ce qu’on aurait dit ici si Xavier Dolan avait commencé à tourner un documentaire sur son génie créatif avant même d’avoir tourné une seule scène de son premier film !)



Seconde erreur : il adopte une attitude conflictuelle lors de ses conversations avec les différents producteurs (voir ci-dessous à 6:15), s’attirant les foudres d’une haute gestionnaire de chez Miramax (Meryl Poster). Résultat : Harvey Weinstein laisse tomber le projet. Duffy se retrouve sans producteur et le projet de film est interrompu.



Finalement, une compagnie indépendante, Franchise Film, accepte de financer le film avec une fraction du budget que lui offrait Miramax. Duffy accepte et le tournage commence, mais Duffy continue d’agir avec son équipe de façon outrageuse (ci-dessous, à 7:00).



Autre erreur : Duffy, non satisfait de tourner son premier film, veut profiter de cette opportunité pour lancer la carrière de son groupe musical. Une entente est signée avec Atlantic Records, entente dont bénéficieront potentiellement les membres du groupe mais PAS les deux potes responsables du documentaire, qui ont pourtant mis beaucoup de temps et d’argent dans les projets de Duffy. Dans la scène qui suit, ils tentent tous de s’expliquer mais la rancœur accumulée provoque une engueulade (à 4:00).



Au printemps 1999, BOONDOCK SAINTS est présenté au festival de Cannes. Sur place, Duffy ne peut s’empêcher de pavaner devant la caméra : “Je crois que nous avons réalisé le meilleur film indépendant jamais tourné ! » (à 0:33). Pourtant, AUCUNE offre n’est faite à Duffy pour la distribution de son film. (La présence de Weinstein au festival (voir à 4 :57) y serait-elle pour quelque chose ?)



Duffy est invité à prendre la parole devant un groupe d'étudiants en cinéma. Même dans ce contexte anodin, il adopte une attitude conflictuelle (voir ci-dessous, au tout début de l’extrait).



Finalement, l’album du groupe ne vendra que 690 copies et le film BOONDOCK SAINTS ne sera pas distribué en salles. Comme le dit une femme oeuvrant dans le domaine (à 3:41, extrait précédent) : “Dès que Harvey Weinstein a laissé tombé ce film, aucun studio majeur n’allait oser le reprendre à sa place. Duffy s’est tiré dans le pied, et Weinstein s’est fait un devoir de lui démontrer que de la même façon qu’il a pu le sortir de l’anonymat et lui donner sa chance, il pouvait tout aussi rapidement mettre un terme à sa carrière …”

DANS CE CONTEXTE, (et en gardant à l’esprit que le documentaire a été tourné et monté par deux personnes qui détestent Duffy !), force est d’admirer la détermination dont a fait preuve Duffy tout le long de ce combat entre David et Goliath. Oui, Duffy est baveux, oui, il a une grande gueule et se comporte en « bully », mais reste qu’il a quand même réussi à réaliser comme il le voulait un film qui, depuis sa sortie en DVD, fait l’objet d’un véritable culte, entre autres au Canada et au japon (surtout auprès d’un jeune public qui retrouve dans BOONDOCK SAINTS un film d’action à la Tarantino mais dépourvu des longues scènes de dialogues tarantinesques dont ils ne sont pas nécessairement friands).

En fait, malgré quelques scènes franchement exagérées (la scène où un mec armé jusqu’aux dents tire A BOUT PORTANT sur les trois héros sans jamais vraiment les atteindre ! - Voir extrait ci-dessous) et des emprunts trop évidents à Tarantino (les deux frères qui récitent une prière avant de tuer leurs victimes, comme le faisait Samuel Jackson dans PULP FICTION), BOONDOCK SAINTS demeure un très bon film d’action défilant à un rythme d’enfer et non dépourvu de style (voir la scène géniale ci-dessous où le détective campé par Willem Dafoe relate sa version des faits et se retrouve lui-même en plein milieu de l’action).

"OK, here's what happened ..." (à partir de 2:37)



Dommage pour Troy Duffy, qui n’a même pas été foutu par la suite de profiter du succès inespéré de son film, son contrat n’ayant pas fait de lui l’un des bénéficiaires des profits du film !! Il n’a pas su gérer la chance qui s’offrait à lui … Le documentaire OVERNIGHT se termine par cette citation très pertinente d’Albert Goldman : « Le succès ne change pas vraiment un homme. Le succès a plutôt l’effet d’un sérum de vérité qui révèle la véritable personnalité d’un individu … »

Wednesday, June 2, 2010

IL ETAIT UNE FOIS DANS L'EST (1974)


André Brassard est surtout connu comme homme de théâtre ayant mis en scène la plupart des pièces de l’écrivain et dramaturge Michel Tremblay (Les Belles-Sœurs, La Duchesse de Langeais, Hosanna, Albertine en cinq temps, etc.). Ce qu’on oublie souvent, c’est que ces deux grands maîtres ont déjà uni leurs talents afin de réaliser ce film culte inoubliable qu’est IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’EST (1974).

Synopsis : Quelque part dans l’Est de Montréal, Germaine (Manda Parent), pauvre femme qui n’a « jamais rien gagné de sa vie », remporte un million de timbres GOLD STAR et invite ses amies chez-elle pour fêter ça. Ailleurs, Hosanna (Jean Archambault) prépare avec fébrilité son grand retour sur la scène du bar de travesti le plus hot de la Maine, Pierrette (Michelle Rossignol) boit pour oublier le départ de Johnny, Maurice (Denis Drouin) multiplie les combines pour “faire la piasse”, Hélène (Denis Filiatrault) quitte sa job de waitress, Lise (Frédérique Collin) cherche par tous les moyens à se faire avorter et Sandra (André Montmorency) prépare une cruelle vengeance dont Hosanna sera la victime …

Le film étant un amalgame de plusieurs pièces de théâtre de Michel Tremblay ayant toutes déjà été mises en scène par Brassard (Les Belles-Sœurs, La Duchesse de Langeais, Hosanna), on ne sera pas surpris de constater que la force du film réside dans l’excellente direction d’acteurs qui, dans bien des cas, reprennent ici le rôle qu’ils avaient interprété moult fois au théâtre. Ce qui surprend, c’est le talent de Brassard comme réalisateur, car rappelons qu’il en était là à SON PREMIER FILM ! (Il n’avait avant cela réalisé que le court métrage Françoise Durocher waitress). Force est d’admirer l’audace dont il fit preuve en s’attaquant à un film aux intrigues et aux personnages si nombreux, ce qui complique passablement les choses au moment du montage final, mais Brassard relève le défi avec brio, brossant un tableau fascinant de personnages paumés, désespérés et pas toujours sympathiques, mais qu’il observe sans les juger. Les trois intrigues principales culminent en une apothéose explosive, le film se terminant sur une note tragique.


Hélène la waitress (Denise Filiatrault) rend son tablier à sa facon …



Caméo explosif de Rita Lafontaine qui vole le show le temps d’un plan-séquence pour balancer quelques vérités à sa soeur Carmen (Sophie Clement)



Séquence très (trop ?) théâtrale qui détonne un peu avec le reste du film et qui en révèle les origines.



Ose Hanna ! La Maine se déchaîne ...