Thursday, February 9, 2012

DAUGHTERS OF DARKNESS - LE ROUGE AUX LEVRES (1971)



" Your husband dreams of making out of you what every man dreams of making out of every woman : a slave, a thing, an object of pleasure ..." Comtesse Bathory

Un film de vampire mettant en vedette l'ex-animatrice de BLA BLA BLA, ça vous dirait ? Oui oui, ça existe (si vous pouvez le trouver) et ce n'est pas mal du tout !

Synopsis : Un couple de nouveaux mariés (Danielle Ouimet et John Karlen) en voyage de noces s'arrêtent un soir au gigantesque Hôtel des Thermes d'Ostende en Belgique. En ce début d'hiver, l'hôtel est complètement désert et le couple ne compte y séjourner qu'une seule nuit, mais leurs plans changeront avec l'arrivée de la mystérieuse comtesse Elizabeth Bathory (Delphine Seyrig) et de sa superbe compagne Ilona (Andrea Rau). En quelques jours, la présence de plus en plus envahissante de la comtesse aura un effet cathartique sur les nouveaux mariés qui se découvriront chacun sous un tout autre jour ...


Historique : En plus d'être un film culte très original tant dans sa forme que dans son récit, LE ROUGE AUX LEVRES est d'un intérêt particulier pour le public québécois en raison de la présence de Danielle Ouimet, ex-actrice recyclée depuis en animatrice de talk shows de toutes sortes (dont sept ans à la barre de l'émission BLA BLA BLA). En 1971, forte du succès du film soft-porn VALÉRIE (1969) dont elle était la vedette, Ouimet se rendit à Cannes pour la presentation du film hors competition (hé oui ! VALÉRIE a été présenté au Festival de Cannes !! Autre époque ... ;) et "en l'espace de 15 minutes", comme elle le révèle dans l'entrevue faisant partie des extras du DVD, elle fut engagée par le producteur du film LE ROUGE AUX LEVRES qui demeure, selon elle, "le meilleur film dans lequel elle ait jamais joué. » On la croit sur parole, quand on regarde les autres titres faisant partie de sa courte filmographie (ex : L'INITIATION (1970), Y A TOUJOURS MOYEN DE MOYENNER (1973), ...). Compte tenu qu'elle en était à ses débuts à l'époque du ROUGE AUX LEVRES et qu'elle jouait en ANGLAIS en présence d'acteurs beaucoup plus chevronnés, on peut dire qu'elle s'en tire très bien. Ouimet dit beaucoup de bien en entrevue de Delphine Seyrig qui, apparemment, l'a protégé plus d'une fois du tempérament excessif du réalisateur Harry Kumel.

Ce dernier fait preuve à la réalisation d'un grand sens visuel, aidé en cela par les superbes images du directeur photo Eduard Van Der Enden. Ils ont su exploiter au maximum le potentiel terrifiant de l'Hôtel des Thermes qui, après l'hôtel Overlook du SHINING, est probablement l'hôtel le plus sinistre jamais filmé. Kumel était un grand admirateur de Joseph Von Sternberg et il lui rend un peu hommage en filmant Delphine Seyrig de la même façon que Sternberg filmait Marlene Dietrich à l'époque (ex : la première apparition de Seyrig sortant de sa limousine et où elle est éclairée de sorte que l'on ne voie que sa bouche, ses yeux demeurant dans l'obscurité, sans parler des nombreux plans où elle est filmée en flou, etc.). Il est étonnant qu'un réalisateur aussi talentueux que Kumel n'ait pas connu une plus grande carrière, tellement son style semble avoir influencé plusieurs autres cinéastes. Par exemple, Kumel innove dans DAUGHTERS OF DARKNESS en ayant plusieurs fois recours au fondu au rouge, choix très inhabituel qui sera repris par Bergman dans son CRIS ET CHUCHOTEMENTS un an plus tard. Et la séquence tournée à Bruges durant laquelle Stefan et Valérie aperçoivent des ambulanciers transportant le cadavre d'une jeune fille assassinée rappelle énormément une séquence semblable tournée à Venise par Nicolas Roeg dans DON'T LOOK NOW trois ans plus tard. Kumel et son scénariste Pierre Drouot renouvellent le genre en limitant les effets gore (pourtant très populaires à l'époque dans les films d'horreur de la Hammer Films) et en mettant plutôt l'accent sur l'ambiance, qui, à mesure que le film progresse, devient de plus en plus perverse, le jeune marié se révélant être une brute sadique et infidèle dont l'épouse s'affranchira tranquillement, pour être ensuite facilement séduite par la comtesse (sous-thème légèrement féministe ici). Le rythme plutôt lent du film fait en sorte que les scènes de violence soudaine ont un impact accru auprès du spectateur (i.e. scène où le mari bat sa femme à coups de ceinture (ci-dessous), scène où celui-ci attire sous la douche une vampire qui craint l'eau courante, etc.).



Ajoutons aux nombreuses qualités du film la performance exceptionnelle de Delphine Seyrig (qui, à l'origine, ne voulait pas jouer dans le film mais en fut convaincue par son mari Alain Resnais) en comtesse vampire à la voix rauque tout droit sortie des années 30s (et bénéficiant d'une garde-robe d'époque bien fournie), l'excellente trame sonore de François de Roubaix, et le plan final, qui réussit à rendre un effet propre aux toiles du peintre Magritte : une scène nocturne qui, après un léger panoramique vers le haut, révèle une lumière diurne ...

Bande-annonce de DAUGHTERS OF DARKNESS :





Film culte (pour moi) car il me surprend par sa grande invention visuelle, en particulier dans le choix des couleurs, le rouge étant, bien sûr, le leitmotiv du film. En fait, LE ROUGE AUX LEVRES/DAUGHTERS OF DARKNESS fait partie de la liste des films cultes du livre CULT MOVIES 2 de Danny Peary - Volume 2 (ici).

Tuesday, December 6, 2011

FASTER PUSSYCAT KILL ! KILL ! (1965) - LE CULTE DE RUSS MEYER



J’ai changé l’en-tête de ce blogue pour y placer la citation de Jean-Luc Godard (déjà discutée ici) au sujet des emprunts faits à des cinéastes par d’autres cinéastes. La raison ? C’est que je me rends compte que ce blogue, en plus d’être officiellement consacré aux films cultes, se donne aussi comme deuxième vocation de pointer du doigt les divers “emprunts” (ou, ahem, «hommages ») faits par de nombreux réalisateurs qui s’amusent à piller le cinéma des années 50s et 60s … Au fil des entrées, on a pu voir que Tarantino empruntait à Don Siegel (ici), Sam Fuller (ici) ou Leone (ici), qu’Eastwood empruntait à Boetticher (ici), que Cameron empruntait à une vieille série télé des années 60s (ici), etc (sans parler de la vague de re-makes de films des annees 70s (LAST HOUSE ON THE LEFT, THE CRAZIES, TEXAS CHAINSAW MASSACRE, etc) qui sévit à Hollywood depuis des années). Rien de mal la-dedans, dans la mesure où on ne se contente pas de copier ce qui a déjà été fait mais ou l’on s’en inspire pour l’adapter à sa propre vision, comme le font si bien Tarantino et Scorsese.

Cela étant dit, j’en profite pour parler justement de Russ Meyer, cinéaste plutôt obscur (et même longtemps dénigré dans certains milieux) mais dont l’œuvre a souvent servi d’inspiration à des cinéastes connus (parmi lesquels John Waters et, bien sûr, Quentin Tarantino, dont le film DEATHPROOF est un évident hommage à Meyer – un des personnages du film (Shanna (Jordan Ladd) porte même un T-Shirt orné d’une photo de FASTER PUSSYCAT KILL KILL.

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"FASTER PUSSYCAT KILL KILL !" is, beyond a doubt, the best movie ever made. It is possibly better than any film that will be made in the future." John Waters

Vous avez aimé voir les amazones cascadeuses de DEATHPROOF casser la gueule de Kurt Russell à la fin du film ? Vous avez aimé voir Uma Thurman tout démolir sur son passage afin d’assouvir sa vengeance dans KILL BILL ? Alors dépêchez-vous d’aller louer (ou télécharger) l’ancêtre de tous ces films : FASTER PUSSYCAT KILL ! KILL ! réalisé par Russ Meyer en 1965.

En fait, tout amateur de films « trash » mettant en vedette des actrices sans talent dont les proportions physiques donnent l’impression de regarder un film 3-D (!) SE DOIT de découvrir l’univers des films de Russ Meyer ! Cet ex-caméraman de combat durant la Deuxième guerre mondiale et talentueux photographe du magazine PLAYBOY fit fortune à Hollywood en lançant la mode des “nudies”, sortes de comédies légères axées sur l’exploitation d’érotisme (son premier film, THE IMMORAL MR TEAS (1959), tourné avec un budget de 24 000 $, rapporta plus d’un million de dollars). Fort de ce premier succès, Meyer, qui, en véritable auteur, agissait comme réalisateur, caméraman, monteur et producteur de ses films, en réalisa rapidement plusieurs autres (LORNA (1964), MOTOR PSYCHO (1965)) et mit tranquillement en place les éléments qui allaient constituer son style bien à lui (actrices choisies en fonctions de leurs poitrines Felliniesques, montage nerveux, dialogues outrageux et hilarants, personnages féminins forts et dominants, violence gratuite), culminant en ce chef-d’œuvre du cinéma Trash qu’est FASTER PUSSYCAT KILL KILL (1965).

Le film raconte l’histoire de trois danseuses de club : la leader Varla (interprétée par Tura Satana, plantureuse actrice de descendance japonaise et Cheyenne, dont la biographie, si on en croit le site wikipedia, comporte un épisode de vengeance ressemblant étrangement à celle du personnage de Uma Thurman dans KILL BILL !) et ses copines Rosi (interprétée par l’actrice Haji, de son vrai nom Barbarella Catton, qui, tenez-vous bien, est originaire de Québec !! Voir sur imbd) et Billie (Lori Williams). Ces amazones dansent la nuit dans des clubs minables et s’amusent le jour en s’adonnant à des courses de voitures dans le désert californien. Elles tombent un jour sur un jeune couple en bagnole, tuent le jeune homme, kidnappent la jeune fille et continuent leur route vers une maison isolée ou habitent un vieil homme en chaise roulante et ses deux fils. Elles espèrent s’emparer d’un gros montant d’argent qui serait en possession du bonhomme. Mais ce dernier a de son côté un plan tout aussi tordu …

Difficile de décrire ce film … Il faut VRAIMENT le voir pour le croire, et pour cela, heureusement, il y a Youtube !

L’extrait suivant comporte la séquence d’ouverture du film et en donne le ton : Un narrateur s’adresse directement à nous et nous souhaite la bienvenue : « Mesdames et messieurs, bienvenue dans le monde de la violence » … Suit la délirante séquence des trois donzelles dansant sous les encouragements de mecs ahuris, puis le générique au son de la pièce “FASTER PUSSYCAT” du groupe THE BOSTWEEDS tandis que défilent des images des filles au volant de leurs voitures de course ! A peine cinq minutes plus tard (vers 5:00), on a déjà droit à un “catfight » ! Yeah ! Du cinema trash comme on l'aime !



Tura Satana était adepte d’arts martiaux et exécutait ses propres scènes de combat (un peu comme la Zoe Bell de DEATHPROOF). Elle n’hésite pas à tuer quiconque se met sur son chemin, homme ou femme :



Autre extrait ici (avec sous-titres francais) :



Mais l’aspect le plus drôle du film (selon moi) demeure ses dialogues, parfois complètement hilarants ! Quelques extraits :

Lorsque le vieux rencontre les trois filles pour la première fois, il leur demande :

- Vous êtes des nudistes, ou bien vous n’avez rien à vous mettre sur le dos ? (Are you girls a bunch of nudists, or are you just short on clothes ?)

Plus tard, la blonde Billie se pâme devant le fils du vieux qui soulève des haltères.

- You Tarzan, me Jane ! lui lance-t-elle avec subtilité. "Why don't you drop that tree you're holding and let's grab a vine and swing a little ! ("Toi Tarzan, moi Jane ! Laisse tomber ce tronc d'arbre, attrapons une liane et allons nous amuser un peu ! ;)

Meyer réalisa par la suite d’autres films dans la même veine (VIXEN (1968), SUPERVIXENS (1974)) qui rapportèrent tellement d’argent que les producteurs Zanuck et Brown de 20th Century Fox offrirent à Meyer la chance de réaliser son premier film à gros budget (le film culte BEYOND THE VALLEY OF THE DOLLS, écrit par nul autre que le critique Roger Ebert !) qui fut un succès commercial mais non critique. Déçu de cette expérience, Meyer quitta le mainstream et retourna dans l’underground pour faire ce qu’il aimait le plus : des films à petits budgets sur lesquels il avait le contrôle total et qui firent sa fortune, puisqu’il en possédait tous les droits. Il mourut en 2004.

On peut voir sur Youtube un documentaire interessant sur la carriere de Russ Meyer (on y apercoit, entre autres, Danny Peary, auteur des livres CULT MOVIES) :



Scène délirante du film SUPERVIXENS (1974) comprenant les trois éléments essentiels au succès d’un film (selon Meyer) : Sexe, violence et humour (âmes sensibles et politically correct s’abstenir).



L’influence de Meyer perdure encore aujourd’hui. La preuve, le film Bitch Slap, sorti l’an dernier et mettant en vedette trois plantureuses amazones dignes des films de Russ Meyer (voir bande-annonce ci-dessous).

Tuesday, June 14, 2011

THE BRONX WARRIORS - LES GUERRIERS DU BRONX (1983)




LES GUERRIERS DU BRONX (1983)

Le film culte THE WARRIORS (1979) de Walter Hill a donné naissance à une longue suite de copies mal foutues dont la plus drôle demeure le film culte de série Z appelé THE BRONX WARRIORS. (en français LES GUERRIERS DU BRONX - 1983) du réalisateur Enzo Castellari (dont Tarantino est apparemment un grand Fan ! On peut le voir lui rendre un vibrant hommage ici sur YOUTUBE) .

Synopsis : Dans un New-York apocalyptique, un policier infiltre les guerriers du Bronx, qui combattent divers gangs hétéroclites (gangs de joueurs de hockey, de patineurs à roulettes, de danseurs à claquettes (Hé oui !), etc.).

Points forts : Le personnage principal s’appelle Trash !! Enough said ? Et puis le film met en vedette un de mes acteurs fétiches : Vic Morrow, qui a déjà eu son heure de gloire (via sa performance exceptionnelle de délinquant dans son premier film Blackboard Jungle (1955) et comme vedette de la série COMBAT dans les années 60s) mais qui, en 1983, était un «has-been» réduit à jouer dans ce genre de film (mais, à en croire les propos de Castellari sur le commentaire accompagnant la version DVD, lui et Morrow étaient de bons amis, ce qui peut expliquer la participation de ce dernier à un autre film de Castellari assez amusant appelé THE GREAT WHITE (LA MORT AU LARGE - 1981), sorte de pastiche de JAWS. Pour ceux qui l’ignoraient, Vic Morrow est décédé sur le plateau du film TWILIGHT ZONE- THE MOVIE (1983), décapité par l’hélice d’un hélicoptère durant le tournage d’une scène particulièrement dangereuse ! La scène peut-être visionnée ici.

Film-culte parce que … Honnêtement, si ce n’était de la présence de Vic Morrow et de certains dialogues hilarants, le film LES GUERRIERS DU BRONX ne me fascinerait pas tant … MAIS c’est qu’il y a, presqu’au tout début du film, cette scène GÉNIALE, absurde et surréaliste où les membres du gang des Riders se retrouvent sur le bord d’une plage où gît un confrère assassiné. Et puis après ? me dites-vous. Ah mais attention : Cette séquence «dramatique» se déroule sous les yeux d’un gars qui n’a ABSOLUMENT RIEN À VOIR avec la scène et qui JOUE UN SOLO DE BATTERIE !! YEAH !! Du jamais vu ! (voir extrait ci-dessous).



J’essaie seulement de me mettre dans la tête du réalisateur qui se dit : «Hmmm, comment pourrais-je augmenter l’impact de cette scène ? Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! On va ajouter UN GARS QUI JOUE DU DRUM !!» (Bon, en fait, pour être honnête avec vous, Castellari avoue sur le DVD que le jour où ils sont arrivés pour tourner la scène, ils ont aperçu ce mec en train de jouer de la batterie et qu’ils ont décidé de l’inclure dans la séquence (Bravo pour l’audace !), mais reste que l’effet demeure, disons, déstabilisant … :-) Sur l'excellent site NANARLAND.com, le film fait l'objet d'une amusante analyse ou l'on dénote un sous-thème possiblement gay (tous ces acteurs moustachus et ces habits de cuir suspects, etc.) et ou l'on s'extasie devant l'absurdité de la scène de "drum", décrite comme " une scène surréaliste, teintée de dadaïsme et complètement kitsch !" Nous sommes donc d'accord : c'est une scène unique en son genre (vous en connaissez d’autres comme ça ?) et cela suffit pour que je classe ce film parmi mes favoris …

Réplique mémorable :

Trash : «This could be a pile of shit out of somebody’s a**hole !»

Thursday, March 24, 2011

AU SERVICE DU DIABLE/THE DEVIL'S NIGHTMARE (1971) et L'EURO-TRASH

Je me dépêche d’écrire cette chronique pour vous parler de ce site fantastique qu’est LA CAVERNE DES INTROUVABLES (voir le blog roll à droite ou ici) que je viens de découvrir et qui permet de télécharger des versions françaises de films cultes ultra-rares (Attention : Les titres disponibles vont et viennent assez rapidement !) On y retrouve de nombreux films cultes faisant partie de la liste des films cultes de Danny Peary (le rarissime DEEP END de Jerzy Skolimowski y a été offert récemment, CISKO PIKE, DARK STAR, …) mais ils se spécialisent surtout dans les films et nanars de série B ou Z, les films Hammer et le cinéma bis des années 60 - 70s du genre LE MONSTRE AUX YEUX VERTS (avec Michel Lemoine), LE CAUCHEMAR DE DRACULA, LA CRÉATURE DES TÉNÈBRES, BATAILLE AU-DELA DES ÉTOILES et autres chefs-d’œuvres psychotroniques. (Pour une joyeuse analyse de ce genre de film, voir l’hilarante chronique LES NANARS DE L’AU-DELÀ de la talentueuse réalisatrice québécoise Izabel Grondin, ici). Pour revenir à LA CAVERNE DES INTROUVABLES, ils ont récemment mis la main sur la version française du film culte AU SERVICE DU DIABLE (THE DEVIL’S NIGHTMARE – 1971) du belge Jean Brismée, un des rares films d’épouvante Euro-Trash qui mérite d’être redécouvert.

Synopsis : Sept touristes sensés représenter les sept péchés capitaux (quoique ce n’est pas toujours évident !) passent la nuit dans le château du baron Von Rhoneberg (Jean Servais), dont la famille est marquée par une malédiction centenaire. Cette nuit là, une superbe et sinistre succube (la voluptueuse Erika Blanc) s’immisce dans le château et tue un par un les invités en fonction du péché qu’ils représentent (à la SEVEN).

AU SERVICE DU DIABLE fait partie de cette vague de films d’horreurs à petits budgets qui furent tournés à profusion en Europe dans les années 60s et 70s et que l’on a affublés du qualificatif d’EURO-TRASH, probablement parce qu’ils se caractérisent par des scénarios bâclés, des scènes de gore et de nudité gratuites et une post-synchronisation aussi nulle que le jeu des acteurs/actrices pataugeant dans ces sous-merdes. Au panthéon des artisans ayant réussi à se faire un semblant de nom dans ce genre cinématograpique on retrouve : le prolifique Jesus Franco (ex-collaborateur de Welles et Resnais comptant 192 titres à son actif sur imbd !!), dont la carrière avait pourtant bien commencé en 1961 avec L’HORRIBLE DR ORLOFF (mettant en vedette Howard Vernon, autre grande figure de l’Euro-Trash) mais qui allait vite sombrer dans des productions amateures mélangeant le XXX et l’horreur (MACISTE CONTRE LA REINE DES AMAZONES (1973) avec Lina Romay, JOURNAL INTIME D’UNE NYMPHOMANE (1971), etc); le réalisateur français Jean Rollin (LA VAMPIRE NUE – 1970 et autres films soporifiques); et les acteurs Michel Lemoine, Soledad Miranda (vedette du célèbre VAMPIROS LESBOS de Jesus Franco) et même Klaus Kinski (vedette en 1971 du film LES INSATISFAITES POUPÉES ÉROTIQUES DU DOCTEUR HITCHCOCK !! – C’était bien avant FITZCARRALDO ! ;-).

Même si AU SERVICE DU DIABLE comprend de nombreux éléments agaçants des films Euro-Trash (gore et nudité gratuites, longueurs, post-synchro pas très au point), le film se distingue par la qualité de la mise en scène (dont plusieurs amusantes trouvailles qui réjouiront les spectateurs attentifs) et son excellente trame sonore (thème principal envoûtant particulièrement mémorable d’Alessandro Alessandroni accompagné de la voix de la chanteuse Giulia, très prisée à l’époque). Les fans de l’Euro-Trash y retrouveront aussi deux figures emblématiques du cinémas Bis : l’hallucinant Daniel Emilfork (casting parfait de cet acteur au physique inquiétant pour le rôle de Satan) et la superbe actrice italienne Erika Blanc, alors au sommet de sa beauté. Contrairement à bien des « jolies starlettes » du cinéma Bis de l’époque (Edwige Fenech, Laura Gemser), Blanc possède un réel talent d’actrice et il faut la voir ici se transformer en horrible succube par le biais d’un maquillage discret (mais efficace) et de contorsions faciales la rendant méconnaissable ! 40 ans plus tard, l’effet demeure saisissant !

Au début du film, pendant que les invités font connaissance autour de la table à dîner, la superbe Erika Blanc fait une première apparition peu remarquée (à 4:27), puis une autre qui l'est un peu plus (à 6:46) :



À la manière du film SEVEN de Fincher, les invités du château meurent un après l’autre selon les sept péchés capitaux … Ici, la gourmandise (à 0:45), l'envie (à 5:42) et la luxure (à 10:00) (Remarquez l’habile changement de couleur de la robe de la succube au moment où tombe la lame de la guillotine (à 10:21) !) :



Thème musical d'AU SERVICE DU DIABLE, composé par Alessandro Alessandroni, fidèle collaborateur d'Ennio Morricone (entre autre sur DANGER DIABOLIK), dont on sent un peu l'influence ici :



Dans les années 70s, AU SERVICE DU DIABLE jouait en version française à la télé québécoise dans une version censurée qui ne comprenait PAS la scène ultra-gratuite de lesbianisme soft core (On peut voir la fin de cette scène au tout début du premier extrait ci-dessus). Les maniaques cinéphiles qui ont envoyé la version française du film sur LA CAVERNE DES INTROUVABLES (ici) sont allés jusqu’à remonter le film afin d’y inclure la fameuse séquence soft core ! La preuve : alors que tout le film est en français, cette scène repiquée ailleurs se déroule EN ANGLAIS !! ;-) Ha ! J’applaudis ce genre de fanatisme cinéphilique qui est à l’origine de ce site formidable qu’est LA CAVERNE DES INTROUVABLES ! Un autre miracle de l’internet … À vous de profiter de cette mine d’or !

P.S. Si vous n'êtes pas fort sur le téléchargement de films, THE DEVIL'S NIGHTMARE est aussi disponible en DVD (version anglaise) sur Amazon.com, ici.

Wednesday, February 9, 2011

C'EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS (1992)

Le cinéma belge nous a offert son lot de films cultes au fil des années : BRUSSELS BY NIGHT (1983), TOTO LE HÉROS (1991) et plus récemment le méconnu (au Québec) DIKKENEK (2006) d’Olivier Van Hoofstadt, mais aucun ne m’a autant renversé que l’inoubliable C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS (1992) (en anglais MAN BITES DOG) de Rémy Belvaux et André Bonzel.

Synopsis : Une équipe de tournage (Belvaux et Bonzel) suit un tueur en série (inoubliable Benoit Poelvoorde) et l’écoute déblatérer sur sa technique, puis sur l’art, l’amour, les problèmes sociaux, etc.

C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS est le genre de film qui repose entièrement sur la performance de l’acteur principal, qui est de tous les plans. Belvaux et Bonzel peuvent donc s’estimer chanceux d’avoir pu compter sur le talent de leur pote Benoit Poelvoorde dont ce fut le premier film et qui, à l’époque, se destinait plutôt à une carrière de graphiste/dessinateur. Le film n’étant à l’origine qu’un court projet de fin d’année pour Belvaux et Bonzel (qui étudiaient alors à l’INSAS – L’Institut national supérieur des arts du spectacle en Belgique), Poelvoorde accepta d’aider ses amis en y jouant le rôle principal. Le résultat fut tellement bon qu’ils décidèrent de tourner des scènes additionnelles afin d’en faire un long métrage qui sera finalement présenté à la semaine de la critique au Festival de Cannes en 1992. Ce fut un succès inespéré, qui lança la carrière d’acteur de Poelvoorde (ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES, COCO AVANT CHANEL ) mais, étrangement, pas celle des réalisateurs (Belvaux se cantonnera dans la pub, puis mourra en 2006; Bonzel deviendra caméraman/photographe).

On devine en regardant le film que la version courte ne comportait probablement que les séquences de meurtre et qu’on y a rajouté toutes les séquences où Benoit présente à l’équipe de tournage les membres de sa famille (joués par les vrais membres de la famille de Poelvoorde, dont sa mère qui n’avait aucune idée que son fils interprétait le rôle d’un tueur en série !!). Bien qu’elles permettent d’approfondir un peu le personnage principal, ces scènes détonnent avec le reste du film (quoique qu’elles augmentent l’effet de choc, puisque les réalisateurs nous font souvent le coup d’un smash cut qui nous fait abruptement passer d’une scène hilarante à une scène horrifiante ! Le spectateur n’a donc aucun répit et s’attend toujours au pire. Très efficace !). Parlant d’horreur, on n’oubliera pas de sitôt les scènes où Benoit tue devant nous une pauvre vieille en lui criant dans les oreilles afin de provoquer chez-elle une crise du cœur (« J’ai vu sur la table ses comprimés pour les gens qui souffrent du coeur, alors je lui ai foutu une trouille bleue, ce qui m'évite de gaspiller une balle ! »), ou celle où, AVEC LA COMPLICITÉ DE L’ÉQUIPE DE TOURNAGE, il tue un couple et leur enfant ! (Belle métaphore ici sur la responsabilité des médias). L’humour dont fait preuve Benoit durant ces séquences pénibles (“Hé, ça te rappelle pas Philippe Noiret dans LE VIEUX FUSIL ?” lance-t-il au caméraman en frappant la tête du père sur un lavabo) est probablement la seule chose qui les rende supportables.

L'art de sauver une balle ...



Sorti en 1992, C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS faisait partie de quelques films ultra-violents sortis à cette époque (RESERVOIR DOGS, BENNY'S VIDEO, HENRY PORTRAIT OF A SERIAL KILLER) qui provoquèrent un grand débat médiatique sur les limites de ce qui pouvait être montré à l’écran. Cela peut faire sourire aujourd’hui, quand on regarde où on en est rendu en matière de Torture Porn avec des films comme HOSTEL, le remake récent de I SPIT ON YOUR GRAVE, A L’INTERIEUR, MARTYRS, etc.). C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ-VOUS fut probablement un précurseur de cette tendance, mais aucun de ces films récents ne comporte, à mon avis, un personnage central aussi attachant et mémorable que celui créé par Poelvoorde. Ce mec a une opinion sur tout !

Écoutons le parler ici des logements sociaux : “Les briques rouges, c’est la couleur du sang, c’est la couleur de la violence !”



Ou pontifier au sujet de l’amour … “L’amour traîne une odeur, un peu comme quand tu vas pisser …






Une pleine tuerie, Ben aperçoit un pigeon, ce qui éveille sa fibre poétique : « Pigeon ! Oiseau à la grise robe, Dans l'enfer des villes À mon regard tu te dérobes, Tu es vraiment le plus agile. »





Et, pour terminer, une petite chanson (à 2:54) que vous ne pourrez plus vous enlever de la tête après l'avoir entendue :

DETOUR (1945)


" J'ai dû me battre contre l'animal le plus dangereux au monde : une femme ... » Haskell


Un pianiste perdant et pessimiste aux tendances masochistes rencontre une femme fatale manipulatrice et sadique : Combinaison gagnante pour un autre film noir ayant atteint le statut de film culte : DETOUR de Edgar G. Ulmer.

Synopsis : Al Roberts est un pianiste talentueux mais sans grande ambition. Sa fiancée est une chanteuse qui décide d'aller tenter sa chance en Californie. Il la laisse partir puis décide d'aller la rejoindre en se tapant New York - Los Angeles sur le pouce. Il tombe éventuellement sur un bon samaritain nommé Haskell qui le fait monter dans sa voiture pour la dernière partie de son voyage. Ce dernier porte des marques d'égratignures sur sa main . "Ça, dit-il en riant, c'est un souvenir que m'a laissé la dernière auto-stoppeuse que j'ai embarquée !". Soudain, Haskell a un malaise et meurt subitement. Al a alors la mauvaise idée de prendre son identité, de voler sa voiture et, surtout, de faire monter à bord de celle-ci une jeune auto-stoppeuse. Devinez qui ?


Historique : L'univers du Film noir est constamment peuplé de couples mal assortis et immoraux que le destin réunit afin d'accomplir quelque sale besogne vouée à l'échec (On pense a Fred McMurray et Barbara Stanwyck dans DOUBLE INDEMNITY, ou John Dall et Peggy Cummins dans GUN CRAZY) mais on a rarement vu une relation aussi tordue que celle qui s'établit entre les deux protagonistes de DETOUR. Les couples des films susmentionnés ont au moins le mérite d'être mus par une forte attirance sexuelle (tout comme William Hurt et Kathleen Turner dans BODY HEAT), mais dans DETOUR, Al (Tom Neal) et Vera (Ann Savage) se DÉTESTENT dès les premières secondes de leur rencontre ! Ils n'ont AUCUNE chimie (Al refusera même les avances peu subtiles d'une Vera en état d'ébriété). Vera ne voit en Al qu'un paumé pas trop brillant dont elle espère profiter le plus longtemps possible en le faisant chanter, et Al est un faible qui conclut trop rapidement qu'il ne peut rien faire pour se sortir de ce mauvais pas . A l'entendre parler (c'est lui qui narre le film en Flashback), tout ce qui lui arrive est un mauvais coup du destin « qui, à n'importe quel moment, peut vous donner une jambette". Ce personnage pathétique se cache derrière sa philosophie fataliste et pessimiste pour ne pas assumer la responsabilité de la situation dans laquelle il s'est lui-même placé (Quelle idée il a de faire monter une auto-stoppeuse dans une voiture qu'il vient de voler ! Surtout APRES avoir vu les égratignures de Haskell ! ). Bref, il semble presque faire exprès (en bon masochiste auto-destructeur) pour se mettre dans le pétrin, qui arrive dans sa vie sous la forme de Vera, une des femmes fatales les plus sournoises et manipulatrices du film noir américain, superbement interprétée par Ann Savage (décédée l'an dernier, après avoir joué dans MY WINNIPEG du canadien Guy Maddin à l'âge de 86 ans). Quel excellent casting pour ce rôle de harpie !

Même le visage de Savage, lorsque vu de profil, rappelle celui d'un vautour, comme vous le pouvez le voir dans l'extrait ci-dessous (à 33:47 ). Cet extrait Youtube comprend le film AU COMPLET, offert dans une copie d'une stupéfiante clarté :



En fait, dans l'échange à 38:34), les couettes de cheveux de Savage lui donnent presque une allure démoniaque. Et cette façon qu'elle a de dévisager Al et de lui dire : "Shut up !" Le pauvre mec n'a aucune chance ...

Après avoir réalisé un seul film pour un grand studio (l'excellent THE BLACK CAT (1934), Edgar Ulmer choisit par la suite de travailler au sein de studios plus pauvres MAIS lui offrant une totale liberté créatrice. Dans le cas de DETOUR, on ne peut qu'admirer ce qu'il a pu accomplir avec un budget dérisoire et quelques malheureux décors. Comme quoi il suffit souvent d'une bonne histoire bien réalisée et de bons acteurs ...

(Côté réalisation, admirez le plan ci-dessous, débutant vers 3:40 : le travelling avant pour isoler l'acteur, l'eclairage qui change soudainement, le panoramique vers cette tasse de café soudainement devenue GIGANTESQUE (a 4:16) ! Belle façon de jouer avec la perspective ...)



Certains fans de DETOUR sont d'avis que tout le film n'est que le fruit de l'imagination délirante d'un homme coupable de meurtre (thèse valable, puisque l'on n'a droit qu'à SA version des faits). Est-il en train de nous mentir (ou de se mentir à lui-même) pour soulager sa conscience ? Serait-il en fait responsable de la mort de Haskell ? Visionnez le film (disponible au complet sur Youtube) et jugez-en vous-même ...

Anecdote : La vie privée de l'acteur Tom Neal fut encore plus mouvementée que celle de son personnage dans DETOUR. Ex champion de boxe et coureur de jupons, Neal cassa la gueule de l'acteur Franchot Tone et l'envoya a l'hôpital parce que ce dernier s'intéressait à sa copine (la starlet Barbara Payton). Des années plus tard, Neal fut trouvé coupable du meurtre de sa troisième épouse qu'il avait "accidentellement" tuée d'une balle dans la tête. Huit mois après sa sortie de prison, il mourut d'une crise cardiaque.

Monday, January 10, 2011

THE WILD SIDE (1995) - LE CULTE DE DONALD CAMMELL

L'histoire du cinéma comporte de nombreux récits de conflits entre des réalisateurs voulant s'assurer que leur "vision" soit portée au grand écran sans aucune intervention des producteurs, et des producteurs qui veulent absolument que leur investissement rapporte et que le film soit donc le plus accessible possible pour le grand public.

Exemples célèbres : La version complète du film GREED (1925) d'Eric Von Stroheim durait près de 9 HEURES !! On comprendra que les producteurs en aient fait un remontage durant à peu près deux heures, histoire de rendre le projet plus commercial et abordable pour le grand public (malgré la peine que cela a pu causer à Von Stroheim). De façon moins spectaculaire (mais tout de même un sacrilège selon de nombreux cinéphiles), le film THE MAGNIFICIENT AMBERSONS (1942) de Orson Welles a lui aussi fait l'objet de remaniements (tournage d'une finale plus optimiste, scènes clés remontées).

Certes, les cinéastes en question se sont plaints du traitement réservé à leurs films, mais vous vous direz qu'aucun ne s'est enlevé la vie pour ça, n'est-ce pas ? C'est pourtant ce qui est arrivé au réalisateur Donald Cammell, qui s'est suicidé en 1996 suite (entre autres) à la déception d'avoir vu son film THE WILD SIDE complètement remonté par les producteurs du film de manière à le rendre plus commercial. Sa vision ainsi travestie, Cammell tomba en dépression et se tira une balle dans la tête. (Faut dire qu'à l'époque, la révolution DVD n'avait pas encore eu lieu et que la possibilité de sortir une Director's Cut d'un film n'existait pas).

Synopsis : Alex Lee (Anne Heche) travaille le jour comme comptable dans une banque et le soir comme call-girl à 1500 $ la nuit. Elle tombe un soir sur le criminel Bruno Buckingham (Christopher Walken, plus délirant que jamais) et sa vie ne sera plus jamais la même, surtout qu'elle sera du même coup séduite par la femme de Bruno (Joan Chen) et harcelée par (Steven Bauer), agent du FBI qui cherche à coincer Bruno depuis longtemps ...

Historique : Artiste peintre prodige et membre de la jeunesse londonienne branchée des Swinging Sixties, Donald Crammell est arrivé au cinéma un peu grâce à l'influence de sa famille plutôt bien "connectée" dans le milieu (son père entre autres, Charles Richard Cammell, était un poète et écrivain connu). Il put ainsi adapter son premier scénario (le film culte PERFORMANCE (1970), mettant en vedette Mick Jagger) au cinéma en faisant appel au talent du directeur photo déjà bien établi Nicholas Roeg (qui à l'époque avait déjà travaillé comme directeur photo pour Truffaut (FARENHEIT 451), John Schlesinger et Richard Lester (PETULIA). En fait, Cammell lui-même a insisté pour que Roeg agisse comme caméraman ET comme co-réalisateur du film. Comme le dit Cammell dans l'excellent documentaire ci-dessous (à partir de 5:32): "Comme ça, je pouvais me concentrer sur la direction des comédiens, alors que Nicolas, lui, pouvait se concentrer sur tout l'aspect technique du film".



Au montage, Cammell travailla longuement avec le monteur Anthony Gibbs, qui avait fait le montage nerveux et éclaté de nombreux films de Richard Lester (PETULIA, THE KNACK) et dont le style (coupes rapides, nombreux flashbacks et flash-forwards très prisés à l'époque) allait caractériser les futures réalisations de Cammell et même de Roeg (BAD TIMING, THE MAN WHO FELL TO EARTH, DON'T LOOK NOW). Malheureusement, PERFORMANCE reçut à l'époque un accueil désastreux.


Bande-annonce de PERFORMANCE (1970) :




Cammell ne put réaliser un autre film avant 1977 (l'excellent thriller d'horreur DEMON SEED, dans lequel Julie Christie devient prisonnière de sa propre maison par la faute d'un ordinateur maléfique (!). Ce fut encore une fois un échec commercial (mais le film est devenu film culte lui aussi - Voir la bande annonce ici).

Un peu comme Orson Welles l'avait fait à l'époque en s'associant au producteur de films de série Z Albert Zugsmith pour pouvoir réaliser un film noir de série B "à sa façon" (le superbe TOUCH OF EVIL), Cammell s'associa en 1994 à la boîte de production NU IMAGE (spécialisée dans les films d'action et les thrillers érotiques de série Z distribués directement sur vidéo - Voir les titres ici) pour réaliser lui aussi "à sa façon" un thriller appelé THE WILD SIDE (dont il avait écrit le scénario avec son épouse China Kong). Le problème, c'est que comme on l'avait fait pour le film de Welles, le film THE WILD SIDE a été considérablement remanié par les producteurs afin d'en éliminer tous les éléments jugés trop "créatifs" et compliqués . Comme le raconte le monteur du film Frank Mazzola et China Kong (co-productrice du film qui en a supervisé la reconstruction) dans l'extrait ci-dessous (à partir de 5:22) : « Le producteur nous a ordonnés de ne pas faire de plans trop courts, de prolonger les scènes de sexe, d'arriver à ces scènes plus rapidement, d'éliminer les dialogues trop longs et les scènes d'improvisation de Christopher Walken, d'enlever les flashbacks, etc. »



Bref, NU IMAGE ont voulu faire de THE WILD SIDE un banal thriller érotique, et ils y sont parvenus (dans la version de 1995).

Suite au suicide de Cammell (pas nécessairement causé par cet échec, comme un peut le constater dans le documentaire, mais par l'accumulation d'une suite d'évènements malheureux dans sa vie, dont l'échec d'un projet avec Marlon Brando), son épouse et le monteur Frank Mazzola ont eu l'excellente idée de remonter le film en fonction de la vision de Cammell, ce qui a donné la superbe version the THE WILD SIDE : THE DIRECTOR'S CUT sortie en 2000.

On peut y voir comment Cammell (un peu comme Welles avec TOUCH OF EVIL) utilise les éléments classiques des thrillers érotiques de série Z et les amène beaucoup plus loin : oui, l'intrigue est compliquée, mais elle est tellement bien racontée que l'on s'en fout un peu, oui, il y a des scènes de nudité (la célèbre scène entre Anne Heche et Joan Chen) mais elle ne sont pas du tout gratuites (en fait, les deux longues séquences de séduction qui les précèdent (au restaurant et dans la salle de bain) éliminent tout élément d'exploitation et rendent la scène d'amour tout à fait logique et crédible), et oui, on y met en scène un personnage stéréotypé de mafieux dangereux MAIS il est interprété par le délirant Christopher Walken à qui Cammell a permis de cabotiner comme jamais (peut-être un peu trop, mais qui s'en plaindra !). Il faut voir pour le croire la scène où Walken ordonne à son chauffeur (Steven Bauer) de se pencher et de se laisser prendre par derrière afin de prouver sa loyauté, et tout ça devant le regard amusé de Anne Heche ! (Voir le 2ème extrait ci-dessous)

Scènes clés du film THE WILD SIDE : DIRECTOR'S CUT.




Séquence d'improvisation inoubliable entre Christopher Walken, Anne Heche et Steven Bauer :




Bref, un thriller unique en son genre et à redécouvrir (via le Director's cut) !

En bonus : Excellente trame sonore de Jon Hassell (dans la version 1995) et de Ryuichi Sakamoto (dans la version 2000).