Tuesday, September 8, 2009

ERASERHEAD (1977)



“ Un cauchemar de choses sombres et troublantes …” David lynch

Synopsis : Dans une ville industrielle aux allures post-apocalytiques, Henry Spencer (Jack Nance) doit faire face aux conséquences de ses actes lorsque sa copine (Charlotte Stewart) lui apprend qu’elle est enceinte. Elle donne éventuellement naissance à un bébé mutant qu’elle laisse aux soins d’Henry qui, dépassé par les évènements, se met à faire des cauchemars de plus en plus inquiétants.

Historique : Dans les années 70s, David Lynch était un jeune artiste peintre qui ne voyait dans le cinéma expérimental qu’une façon d’explorer de nouvelles techniques de peinture. Ses premières expériences dans le domaine, effectuées alors qu’il étudiait à la Pennsylvania Academy of Fine Arts de Philadelphie, visaient à créer des toiles animées par le biais de techniques de cinéma d’animation. Ses premiers efforts furent remarqués par un mécène (le peintre millionnaire H. Barton Wasserman) qui finança le prochain court métrage expérimental de Lynch (THE ALPHABET (4 minutes) disponible sur Youtube). Un collègue de Lynch, impressionné par le film, lui conseilla de l’envoyer à l’American Film Institue en vue d’obtenir une bourse pour en faire un autre. “Tout ce que tu as à faire, c’est d’envoyer le scénario d’un film que tu veux faire et une copie d’un film que tu as déjà fait !”. Lynch s’exécute. Quelque temps plus tard, il reçoit un appel de George Stevens Jr de l’AFI qui lui apprend qu’on lui octroie une bourse pour réaliser le film surréaliste THE GRANDMOTHER (34 minutes). Stevens révèlera plus tard que les demandes des candidats avaient été regroupées en diverses catégories, et que celle de Lynch s’était retrouvée seule dans une catégorie “inclassable” …

C’est durant le tournage de THE GRANDMOTHER que Lynch collabore pour la première fois avec l’ingénieur de son Alan Splet, qui allait l’aider toute sa carrière à créer les effets sonores troublants que l’on associe à tous ses films. Le succès de THE GRANDMOTHER (dont les thèmes principaux - la solitude, la peur, le désir de fuir une réalité trop pénible - rappellent ceux de ERASERHEAD) allait permettre à Lynch d’obtenir le financement pour filmer ERASERHEAD, son premier long métrage dont le tournage mouvementé, marqué par toutes sortes d’obstacles (principalement financiers) allait s’étendre sur plusieurs années. Le film une fois fini, Lynch en fit parvenir une copie à Ben barenholtz, propriétaire du cinéma Elgin de New York. Barenholtz avait lancé la mode des films de minuits en présentant dans son cinéma des films cultes comme ROCKY HORROR PICTURE SHOW, PINK FLAMINGOES, EL TOPO, etc. Il ajouta ERASERHEAD au programme, et le film trouva tranquillement un auditoire d'admirateurs. (Voir une très bonne liste descriptive des midnight movies ici).

Extrait du film THE GRANDMOTHER (qui utilise en autre la technique de la pixillation popularisée par le canadien Norman MacLaren dans le film NEIGHBOURS) :




Premières minutes de ERASERHEAD :



Points forts : Par l’utilisation tout à fait originale qu’il fait du son et de l’image, Lynch réussit à créer dans ERASERHEAD un univers glauque, mystérieux et unique, comme on en a rarement vu dans toute l'histoire du cinema. On doit pratiquement remonter à l’époque du cinéma muet et à des films surréalistes comme UN CHIEN ANDALOU (Luis Bunuel, 1929) ou LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI (Robert Wiene, 1920) pour trouver une oeuvre a l'imagerie aussi dérangeante (Stanley Kubrick était un grand admirateur d'ERASERHEAD, tout comme William Friedkin et l'artiste suisse H.R. Giger, createur de la creature de ALIEN). Encore aujourd'hui, Lynch refuse d'expliquer les éléments les plus étranges du film (entre autres, la facon dont il s'y est pris pour créer l'affreux bébé mutant), comparant le film à un test Rorschach pour lequel chaque spectateur aura sa propre interprétation, aussi valable que la sienne. Cela peut expliquer le fait que sur le site IMBD, les cinéphiles ont laissé jusqu’à maintenant plus de 400 commentaires, majoritairement élogieux. Chacun y va de son interprétation personnelle du film, certains y voyant la condamnation d'une sexualité irresponsable, d'autres l'illustration de la peur de la paternité (c'est ainsi que je le vois personnellement), etc ... On ne peut nier que le foetus est un motif dominant du film : un foetus "sort" de la bouche de la tête flottante de Henry au tout début du film, le bébé a des allures de foetus animal, Henry retire des foetus des entrailles de sa copine qui dort près de lui (!) et la "dame du radiateur" en écrase quelques-uns lorsqu'elle exécute sa danse ... Symbolique de tout cela ?? Mystère ...

Destruction du bébé-mutant (SPOILERS)




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